
Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne
Une référence littéraire utilisable en philosophie
1. L'idée générale de l'œuvre
Dans Lettres d'une Péruvienne, Françoise de Graffigny raconte l'histoire de Zilia, une jeune Péruvienne qui arrive en France.
Parce qu'elle est étrangère, Zilia découvre la société française avec un regard différent.
Elle observe les habitudes, les relations entre les hommes et les femmes, le mariage, l'éducation, la religion, les comportements sociaux…
Et surtout, elle ne considère pas ces pratiques comme « normales » simplement parce qu'elles existent.
C'est ce qui donne à l'œuvre sa portée philosophique :
Le regard de l'étranger permet de prendre de la distance avec nos habitudes et de remettre en question ce que nous croyons naturel ou évident.
2. Pourquoi est-ce philosophique ?
Nous avons tous tendance à considérer comme normales les habitudes de la société dans laquelle nous vivons.
Par exemple :
« Les choses ont toujours été ainsi. »
Mais cette phrase ne prouve pas que ces choses sont justes ou naturelles.
Zilia nous oblige donc à poser des questions :
Pourquoi les hommes et les femmes ont-ils des rôles différents ?
Est-ce naturel ou est-ce le résultat de l'éducation ?
Une coutume est-elle nécessairement juste parce qu'elle est acceptée par la société ?
Devons-nous accepter les règles de notre société sans les questionner ?
On passe ainsi :
habitude → étonnement → questionnement → réflexion
C'est précisément la démarche philosophique.
philosopher : ne plus prendre les évidences pour des vérités.
3. La notion de nature
C'est l'un des rapprochements les plus importants.
Une société peut présenter certains comportements comme « naturels ».
Mais Zilia permet de se demander :
Ce qui nous paraît naturel l'est-il vraiment ?
Par exemple, si une société apprend aux filles à se comporter d'une certaine manière, peut-on ensuite considérer que ces comportements sont naturellement féminins ?
On peut donc distinguer :
La nature
Ce qui appartient à l'être humain indépendamment de la société.
La culture
Ce qui est appris par l'éducation, les habitudes et la société.
Ce que montre Graffigny
Certains comportements que l'on croit naturels peuvent en réalité être produits par la culture et l'éducation.
Sujet de bac possible
La société s'oppose-t-elle à la nature ?
Graffigny peut servir à montrer que la société façonne profondément les individus.
4. La notion de liberté
Zilia permet également de réfléchir à la liberté.
Une société peut imposer à chacun un rôle :
être une femme « comme il faut » ;
se marier ;
respecter certaines conventions ;
se conformer au regard des autres.
Mais Zilia refuse finalement de laisser la société décider entièrement de son existence.
Elle choisit une vie indépendante.
On peut donc poser la question :
Être libre, est-ce pouvoir choisir sa manière de vivre ?
Ou :
La société limite-t-elle nécessairement notre liberté ?
La liberté ne consiste donc peut-être pas seulement à pouvoir faire ce que l'on veut.
Elle peut aussi signifier :
être capable de déterminer soi-même sa manière de vivre.
À retenir
Zilia représente une forme d'émancipation : elle refuse que les conventions sociales déterminent entièrement son existence.
5. La notion de justice
Graffigny permet également de réfléchir à une distinction très importante :
Ce qui est accepté par une société est-il nécessairement juste ?
La réponse est non.
Une coutume peut être ancienne, largement acceptée et pourtant injuste.
Zilia porte donc un regard critique sur la place réservée aux femmes.
Elle permet de comprendre que :
La norme sociale et la justice ne sont pas nécessairement la même chose.
Exemple de sujet
Ce qui est légal est-il toujours juste ?
ou :
La justice consiste-t-elle à respecter les règles de la société ?
Graffigny peut alors illustrer l'idée suivante :
Il faut pouvoir soumettre les règles et les institutions de la société à l'examen de la raison.
6. La notion de devoir
C'est une utilisation plus subtile de l'œuvre.
La société impose aux femmes certaines obligations :
se marier, être une épouse, correspondre à un modèle féminin, respecter certaines conventions…
Mais une question philosophique apparaît :
Une obligation sociale est-elle nécessairement un devoir moral ?
Non.
Il faut distinguer :
« La société attend que je fasse cela. »
et
« Je dois moralement faire cela. »
C'est une distinction importante.
Exemple
Une société peut considérer qu'une femme doit nécessairement se marier.
Mais cela ne suffit pas à démontrer que le mariage constitue pour elle un devoir moral.
7. La notion de raison
Zilia ne se contente pas d'accepter ce qu'elle découvre.
Elle :
observe → compare → s'interroge → réfléchit → juge.
Elle utilise donc son propre jugement.
Cela permet de rapprocher l'œuvre de l'idéal des Lumières :
L'individu doit être capable de penser par lui-même.
On peut ici faire le lien avec Kant :
« Aie le courage de te servir de ton propre entendement. »
Zilia devient ainsi une figure de l'autonomie de la pensée.
À retenir
Graffigny montre l'importance du jugement personnel face aux préjugés et aux conventions.
8. La notion de langage
C'est une référence très intéressante et souvent oubliée.
Au début de son séjour en France, Zilia ne maîtrise pas la langue française.
Elle rencontre donc une difficulté fondamentale :
Comment comprendre une société lorsqu'on ne possède pas sa langue ?
Puis elle apprend progressivement le français.
Cette évolution accompagne son émancipation intellectuelle.
Elle peut :
communiquer → lire → écrire → comprendre → juger.
Cela permet de poser une grande question philosophique :
Le langage sert-il seulement à communiquer ?
On peut répondre :
Non. Le langage permet aussi de formuler, organiser et transmettre sa pensée.
Sujet possible
Peut-on penser sans langage ?
Graffigny peut alors servir d'exemple pour montrer l'importance du langage dans l'accès à la connaissance et dans l'autonomie de l'individu.
9. La notion de religion
Zilia découvre également les pratiques religieuses françaises avec le regard d'une étrangère.
Cela permet de distinguer :
les croyances religieuses
et
les pratiques sociales qui les accompagnent.
On peut alors poser :
La religion doit-elle être soumise à la raison ?
ou :
Les pratiques religieuses sont-elles nécessairement conformes aux valeurs qu'elles proclament ?
L'intérêt de Graffigny n'est donc pas de dire simplement « la religion est mauvaise », mais de montrer qu'une croyance ou une pratique peut être examinée et questionnée.
10. Le rôle du regard étranger
C'est finalement le point qui rassemble tout.
Zilia est étrangère.
Elle ne possède donc pas les mêmes évidences que les Français.
Ce qui est banal pour les Français devient étrange pour elle.
Et inversement.
Exemple simple
Pour quelqu'un qui vit dans une société depuis toujours :
« C'est normal. »
Zilia demande :
« Pourquoi est-ce normal ? »
C'est exactement le mouvement philosophique.
Formule à retenir
Le regard étranger transforme les habitudes en problèmes.
11. Quelles notions du programme peut-on associer à Graffigny ?
|
Notion
|
Ce que l'œuvre permet de montrer
|
|
Nature
|
Ce qui semble naturel peut être culturel
|
|
Culture
|
L'éducation et la société façonnent les individus
|
|
Liberté
|
L'émancipation suppose de pouvoir choisir sa vie
|
|
Justice
|
Une coutume n'est pas nécessairement juste
|
|
Devoir
|
Une obligation sociale n'est pas forcément un devoir moral
|
|
Raison
|
Il faut examiner les préjugés et penser par soi-même
|
|
Langage
|
Le langage permet de communiquer mais aussi de construire sa pensée
|
|
Religion
|
Les croyances et les pratiques peuvent être soumises à l'examen critique
|
12. Comment utiliser Graffigny au bac ?
C'est le point essentiel.
Il ne faut surtout pas écrire :
« Dans Lettres d'une Péruvienne, Zilia est une femme qui veut être libre. »
C'est trop descriptif.
Il faut partir de l'idée philosophique, puis utiliser Graffigny comme exemple.
Exemple : sujet sur la liberté
Sujet :
La société fait-elle obstacle à notre liberté ?
On peut argumenter :
La société peut limiter la liberté de l'individu en lui imposant des normes et des rôles. Dans Lettres d'une Péruvienne, Zilia découvre ainsi les conventions qui déterminent la place des femmes dans la société française. Son regard critique montre que certaines contraintes sociales sont tellement habituelles qu'elles finissent par apparaître naturelles. Son choix d'une existence indépendante peut alors être interprété comme une forme d'émancipation à l'égard de ces conventions.
13. Un autre exemple : nature et culture
Sujet :
L'homme est-il naturellement ce qu'il est ?
On peut écrire :
Ce que nous considérons comme naturel peut être profondément déterminé par l'éducation et la société. Dans Lettres d'une Péruvienne, Zilia découvre notamment les comportements et les rôles assignés aux femmes dans la société française. Le regard étranger permet de prendre conscience que ces comportements ne sont peut-être pas naturels, mais qu'ils résultent en partie de conventions et d'une éducation particulières. Graffigny invite ainsi à distinguer ce qui relève de la nature et ce qui relève de la culture.