Bac techno, métropole, épreuve du 15 juin 2026
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Le 31/03/2026
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Epreuve : Bac technologique
Matière :Philosophie
Classe : Terminale
Centre : métropole
Date : 15 juin 2026
Durée : 4h
Trois sujets seront proposés aux candidats qui devront choisir entre deux sujets de dissertation et un sujet d’explication de texte.
Chacun portera sur une ou plusieurs notions du programme. Toutes ces notions sont liées entre elles, évitez donc les impasses dans vos révisions !
L'épreuve écrite dure 4 heures et représente un coefficient 8 pour tous les candidats
Au bac de philosophie 2025, les lycéens ont travaillé les thèmes suivants :
- La liberté : - Sommes-nous libres en toutes circonstances ?
- L'art : - Avons-nous besoin d’art ?
- Justice / Morale / Droit : Adam Smith, Théorie des sentiments moraux, 1759
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Stmg sti2d st2s philosophie 2026 metropole sujet officiel (580.97 Ko)- Débattre, est-ce chercher la vérité ?
- La technique peut-elle être mauvaise ?
- Un texte de Paul Ricoeur, Le Juste
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Dissertation n°1 :
Débattre, est-ce chercher la vérité ?
« La discussion est l’art de raisonner ensemble », écrit Alain dans Propos. Cette définition met en évidence une dimension essentielle du débat : il ne s’agit pas seulement d’exprimer une opinion personnelle, mais de confronter des points de vue dans un échange avec autrui. Dans une démocratie, le débat apparaît d’ailleurs comme une nécessité : il permet aux citoyens de discuter des décisions collectives et de construire une réflexion commune. Pourtant, l’expérience montre que tous les débats ne semblent pas avoir pour objectif la recherche de la vérité. Certains débats deviennent des affrontements où chacun cherche à imposer son point de vue, à convaincre ou même à manipuler son interlocuteur.
Il faut donc s’interroger sur le sens véritable du débat. Débattre signifie-t-il nécessairement rechercher ce qui est vrai, c’est-à-dire dépasser les opinions particulières pour atteindre une connaissance plus juste ? Ou bien le débat n’est-il parfois qu’un conflit d’opinions où l’objectif principal est de défendre ses intérêts ou de persuader ?
La difficulté vient du fait que le débat suppose à la fois une confrontation et une coopération : il oppose des points de vue différents, mais il peut aussi permettre une progression commune vers une meilleure compréhension.
Nous montrerons d’abord que le débat semble être un moyen privilégié de rechercher la vérité grâce à la confrontation rationnelle des idées. Nous verrons ensuite que le débat ne conduit pas nécessairement à la vérité, car il peut être détourné par la volonté de convaincre ou de dominer. Enfin, nous montrerons que le véritable débat philosophique ou démocratique suppose une exigence particulière : rechercher la vérité ensemble plutôt que simplement défendre son opinion.
I. Débattre semble d’abord être une manière de chercher la vérité par la confrontation des idées
La vérité peut apparaître grâce à l’échange et à la confrontation des opinions
Une première raison de débattre est que l’être humain peut difficilement atteindre seul la vérité. Nos connaissances sont limitées, et la confrontation avec d’autres points de vue permet de corriger nos erreurs.
Socrate fait du dialogue la méthode fondamentale de la philosophie. Dans les dialogues de Platon, il ne transmet pas un savoir tout fait : il questionne son interlocuteur afin de l’amener à examiner ses propres idées. Dans l’Apologie de Socrate, il affirme : « Je sais que je ne sais rien ». Cette formule exprime une attitude essentielle : reconnaître ses limites est la première condition de la recherche de la vérité.
Ainsi, le débat n’est pas seulement un affrontement entre opinions opposées ; il peut être un chemin permettant à chacun de progresser.
Le débat rationnel permet de dépasser les simples opinions
Le débat peut également permettre de distinguer la vérité de la simple opinion. Dans la vie quotidienne, nous avons souvent des croyances spontanées influencées par nos habitudes, nos émotions ou notre milieu social. Le dialogue rationnel oblige à justifier ce que nous affirmons.
Platon distingue ainsi dans La République la « doxa » (l’opinion) et l’« épistémè » (le savoir véritable). L’opinion peut être fausse même lorsqu’elle semble évidente, tandis que la connaissance exige une justification rationnelle.
Débattre véritablement consiste donc à accepter de soumettre ses idées à l’examen critique. Une idée qui résiste aux objections devient plus solide.
La recherche de la vérité suppose l’écoute d’autrui
Enfin, le débat exige une ouverture à la parole de l’autre. Chercher la vérité signifie accepter que l’on puisse avoir tort et que l’autre puisse apporter un élément que nous ignorons.
John Stuart Mill explique dans De la liberté que même une opinion fausse doit pouvoir être entendue, car sa confrontation avec la vérité permet de mieux comprendre cette dernière. Il écrit : « Celui qui ne connaît qu’un seul côté de la question ne connaît pas grand-chose à la question ».
Ainsi, le débat est précieux parce qu’il empêche la pensée de devenir fermée sur elle-même.
Cependant, cette conception idéale du débat rencontre une difficulté : dans la réalité, débattre ne signifie pas toujours chercher sincèrement la vérité.
II. Pourtant, le débat peut avoir d’autres objectifs que la recherche de la vérité
Le débat peut être un affrontement d’opinions plutôt qu’une recherche commune
Dans de nombreux débats, les participants ne cherchent pas réellement à découvrir le vrai, mais à défendre leur position. Le débat devient alors un combat verbal où chacun veut avoir raison.
Les sophistes de l’Antiquité grecque représentent cette dérive. Ils enseignaient l’art de persuader, parfois indépendamment de la vérité. Dans le Gorgias de Platon, Socrate critique cette conception de la parole qui vise seulement à obtenir l’adhésion de l’auditeur.
Ainsi, une personne peut débattre non pas parce qu’elle cherche la vérité, mais parce qu’elle veut gagner.
La parole peut être utilisée pour convaincre plutôt que pour démontrer
Le débat appartient aussi au domaine de la rhétorique : celui qui parle cherche souvent à influencer son public. Or convaincre n’est pas toujours prouver.
Pascal distingue dans De l’esprit géométrique deux manières de convaincre : l’esprit de géométrie, fondé sur les preuves rationnelles, et l’esprit de finesse, qui touche davantage les sentiments. Une argumentation peut donc être efficace sans être nécessairement vraie.
Les discours politiques ou médiatiques montrent parfois que la force d’un argument ne dépend pas seulement de sa vérité, mais aussi de la manière dont il est présenté.
Les intérêts personnels peuvent empêcher une véritable recherche de vérité
Enfin, le débat peut être faussé lorsque les participants défendent des intérêts particuliers. Dans ce cas, la vérité devient secondaire par rapport à la victoire ou à l’influence.
Nietzsche critique ainsi l’idée selon laquelle les hommes rechercheraient naturellement la vérité. Dans Vérité et mensonge au sens extra-moral, il affirme que les vérités sont souvent « des métaphores usées ». Selon lui, les individus peuvent créer des discours non pas pour atteindre une réalité objective, mais pour servir leurs besoins.
Le débat peut donc devenir un instrument de pouvoir.
III. Le véritable débat est cependant celui qui transforme la confrontation en recherche commune de la vérité
Débattre véritablement suppose une exigence de sincérité
Si tous les débats ne cherchent pas la vérité, il existe néanmoins une forme de débat qui repose sur cette exigence : le dialogue rationnel. Pour qu’un échange soit philosophique, chacun doit accepter de remettre en question ses propres certitudes.
Habermas, dans Théorie de l’agir communicationnel, défend l’idée d’une discussion fondée sur la recherche d’un accord rationnel. Les participants doivent être guidés non par la domination mais par la force du meilleur argument.
La vérité devient alors le résultat possible d’une discussion libre.
Le débat permet de construire une vérité partagée
La vérité n’est pas toujours une découverte individuelle : elle peut être le fruit d’un travail collectif. Dans les sciences, par exemple, les théories sont discutées, critiquées et corrigées par une communauté de chercheurs.
Bachelard affirme dans La Formation de l’esprit scientifique : « Rien ne va de soi. Rien n’est donné. Tout est construit ». La connaissance progresse donc grâce à la critique et à la confrontation.
Le débat devient ainsi une condition du progrès intellectuel.
La recherche de la vérité exige de distinguer débat et simple confrontation
Finalement, il faut distinguer deux formes de débat. Le débat comme affrontement cherche un vainqueur ; le débat comme recherche de vérité cherche une meilleure compréhension.
Montaigne écrit dans les Essais : « Je m’entretiens avec mes pensées ». Cette attitude d’examen permanent montre que la réflexion suppose une capacité à accueillir le doute.
Ainsi, débattre véritablement n’est pas seulement parler avec quelqu’un : c’est accepter de penser avec lui.
Débattre peut donc être une manière de chercher la vérité, mais ce n’est pas toujours le cas. Le débat possède une dimension rationnelle lorsqu’il permet la confrontation des idées, la critique des opinions et la progression vers une meilleure compréhension. Cependant, il peut aussi devenir un simple affrontement destiné à convaincre ou à imposer un point de vue.
La valeur d’un débat dépend donc de l’intention qui l’anime : lorsqu’il est guidé par la volonté de vaincre, il éloigne de la vérité ; lorsqu’il est guidé par la volonté de comprendre, il devient un véritable moyen d’accès au vrai.
Cette réflexion invite finalement à s’interroger sur le rôle du débat dans une démocratie : une société libre doit-elle seulement permettre la confrontation des opinions, ou doit-elle aussi créer les conditions d’une recherche collective de la vérité ?
Dissertation n° 2
La technique peut-elle être mauvaise ?
Depuis les débuts de l’humanité, la technique accompagne l’existence humaine. L’être humain, contrairement aux autres animaux, ne se contente pas de s’adapter à son environnement : il transforme le monde grâce à des outils, des machines et des inventions. La technique semble donc être ce qui permet à l’homme de se libérer de certaines contraintes naturelles et d’améliorer ses conditions de vie. Le progrès médical, les moyens de communication ou encore les innovations scientifiques apparaissent comme des exemples d’une technique mise au service du bien-être humain.
Pourtant, la technique semble également être à l’origine de menaces considérables. Les armes modernes, la destruction de l’environnement ou encore les dérives liées aux nouvelles technologies montrent que les inventions humaines peuvent produire des effets dangereux. Dès lors, faut-il considérer que la technique elle-même peut être mauvaise ? Mais cette question pose une difficulté : une technique possède-t-elle une valeur morale, ou bien dépend-elle uniquement de l’usage que l’homme en fait ?
Dire qu’une chose est « mauvaise » signifie généralement qu’elle produit un mal ou qu’elle est contraire à certaines exigences morales. Or la technique est d’abord un ensemble de moyens, un savoir-faire permettant d’atteindre un objectif. Elle semble donc neutre en elle-même. Cependant, si certaines techniques transforment profondément notre manière de vivre et peuvent modifier notre rapport au monde, peut-on encore les considérer comme de simples instruments ?
Nous verrons d’abord que la technique semble ne pouvoir être mauvaise en elle-même, car elle est un outil dont la valeur dépend de l’usage humain. Nous montrerons ensuite que la technique peut cependant devenir dangereuse et participer au mal lorsqu’elle échappe au contrôle de l’homme ou qu’elle est orientée vers des fins destructrices. Enfin, nous verrons que la véritable question n’est peut-être pas de savoir si la technique est bonne ou mauvaise, mais comment l’homme doit la maîtriser et l’orienter.
I. La technique semble d’abord être neutre : elle n’est ni bonne ni mauvaise en elle-même
La technique est un moyen qui dépend des intentions humaines
La technique désigne l’ensemble des procédés inventés par l’homme pour transformer la nature et atteindre certains objectifs. En elle-même, elle n’a donc pas de finalité morale : elle est un instrument.
Un couteau peut servir à préparer un repas comme à blesser quelqu’un ; une découverte scientifique peut permettre de soigner ou de détruire. Ce n’est donc pas l’objet technique qui est moralement responsable, mais l’usage qui en est fait.
Cette idée est défendue par Aristote dans l’Éthique à Nicomaque lorsqu’il distingue les moyens et les fins : un outil n’a pas de valeur morale indépendamment du but poursuivi. La morale concerne les choix humains, non les instruments utilisés.
Ainsi, accuser la technique d’être mauvaise reviendrait à attribuer une responsabilité à un objet qui ne possède aucune intention.
La technique est d’abord un moyen d’émancipation pour l’homme
La technique semble également être un élément essentiel du progrès humain. Elle permet à l’homme de dépasser certaines limites imposées par la nature.
Descartes affirme dans le Discours de la méthode que les sciences doivent permettre aux hommes de devenir « comme maîtres et possesseurs de la nature ». La technique apparaît alors comme un moyen d’améliorer la condition humaine : elle permet de mieux se nourrir, de mieux se soigner et de mieux comprendre le monde.
Dans cette perspective, la technique n’est pas une menace mais une forme de libération. Elle donne à l’homme davantage de possibilités d’agir.
Le danger vient de l’homme, non de la technique elle-même
Si certaines techniques produisent des conséquences négatives, c’est parce qu’elles sont utilisées par des êtres humains poursuivant certains objectifs. La technique amplifie les capacités humaines, mais elle ne choisit pas la direction dans laquelle ces capacités sont employées.
Bacon écrit dans La Nouvelle Atlantide que « savoir, c’est pouvoir ». Cette puissance peut être bénéfique lorsqu’elle est utilisée pour améliorer la vie humaine, mais elle peut aussi devenir dangereuse lorsqu’elle est détournée.
La responsabilité morale appartient donc à ceux qui décident de l’usage des techniques.
Cependant, cette conception selon laquelle la technique serait totalement neutre peut être remise en question : certaines techniques semblent transformer profondément l’homme et la société.
II. Pourtant, la technique peut devenir mauvaise lorsqu’elle produit des effets qui dépassent les intentions humaines
Les inventions techniques peuvent être utilisées pour détruire
L’histoire montre que la technique n’est pas seulement un instrument de progrès. Elle a également permis le développement de moyens de destruction d’une puissance inédite.
Les armes modernes illustrent cette ambivalence : les mêmes progrès scientifiques qui permettent de mieux comprendre l’univers peuvent aussi être utilisés pour produire des armes capables de menacer l’humanité entière.
Hans Jonas, dans Le Principe responsabilité, affirme que la puissance technique moderne crée une situation nouvelle : « Agis de façon que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur Terre ». Pour lui, la technique impose désormais une responsabilité nouvelle, car ses conséquences peuvent dépasser notre capacité de contrôle.
La technique peut transformer l’homme en objet de domination
La technique ne modifie pas seulement la nature ; elle transforme aussi les comportements humains. Certaines technologies peuvent réduire l’individu à un simple objet de calcul, de surveillance ou de production.
Heidegger, dans La Question de la technique, critique l’idée selon laquelle la technique serait seulement un ensemble d’outils. Selon lui, la technique moderne correspond à une manière particulière de voir le monde : elle pousse l’homme à considérer toute chose comme une ressource exploitable.
Il écrit : « L’essence de la technique n’est rien de technique ». Cela signifie que le problème n’est pas seulement l’existence des machines, mais la manière dont la technique transforme notre rapport au réel.
Le progrès technique peut créer de nouvelles formes d’asservissement
Enfin, la technique qui devait libérer l’homme peut parfois devenir une nouvelle contrainte. Le développement industriel, par exemple, a permis une augmentation considérable de la production, mais il a aussi créé des conditions de travail aliénantes.
Marx analyse dans Le Capital comment la machine peut devenir un instrument de domination lorsqu’elle est intégrée dans un système économique où l’homme perd la maîtrise de son activité. Il écrit que l’ouvrier peut devenir « appendice de la machine ».
La technique n’est donc pas toujours simplement un outil contrôlé par l’homme : elle peut aussi modifier les structures sociales et imposer de nouvelles contraintes.
III. La technique n’est pas mauvaise en elle-même, mais elle exige une maîtrise morale et politique
Le véritable problème est l’absence de réflexion sur les finalités de la technique
La question essentielle n’est peut-être pas : « La technique est-elle mauvaise ? », mais plutôt : « Que voulons-nous faire grâce à elle ? ». Une technique puissante sans réflexion sur ses objectifs peut devenir dangereuse.
Jonas montre que la puissance technique moderne exige une nouvelle forme d’éthique. Les hommes doivent anticiper les conséquences de leurs inventions et ne plus seulement rechercher l’efficacité.
Ainsi, la responsabilité doit accompagner le progrès technique.
L’homme doit rester maître de ses inventions
La technique devient problématique lorsqu’elle semble échapper au contrôle humain. Il faut donc maintenir une capacité de jugement permettant de choisir quelles techniques développer et comment les utiliser.
Aristote rappelle dans l’Éthique à Nicomaque que la prudence (« phronèsis ») consiste à savoir choisir les moyens adaptés à une fin bonne. La technique doit donc être guidée par une réflexion morale.
Elle ne doit pas être considérée comme une puissance autonome qui impose ses propres objectifs.
La technique peut être orientée vers un progrès véritablement humain
Enfin, la technique peut devenir un bien lorsqu’elle est mise au service de valeurs humaines : la santé, la justice, la connaissance ou l’amélioration des conditions de vie.
Simone Weil souligne dans La Condition ouvrière que le progrès véritable ne doit pas seulement augmenter la production, mais aussi respecter la dignité humaine.
La technique n’est donc pas condamnée à produire du mal : elle dépend du projet humain auquel elle est intégrée.
La technique peut-elle être mauvaise ? En elle-même, elle ne semble pas posséder de valeur morale : elle est un ensemble de moyens dont l’homme détermine l’usage. Toutefois, la puissance technique moderne montre qu’elle peut engendrer des dangers considérables lorsqu’elle est utilisée sans réflexion ou lorsqu’elle produit des effets incontrôlables.
La technique n’est donc pas mauvaise par nature, mais elle peut devenir mauvaise lorsque l’homme oublie qu’elle doit rester un moyen au service de fins humaines. Le véritable enjeu n’est pas de condamner la technique, mais de développer une sagesse capable de l’orienter.
Cette question conduit finalement à réfléchir à la notion de progrès : toute innovation technique constitue-t-elle nécessairement un progrès pour l’humanité, ou faut-il désormais distinguer le progrès technique du progrès humain ?
Commentaire
Paul Ricoeur, Le Juste
La justice semble d’abord s’opposer à la violence. Dans une société organisée, elle apparaît précisément comme ce qui permet de remplacer la vengeance privée et la loi du plus fort par des règles communes applicables à tous. Pourtant, le rapport entre justice et violence est plus complexe qu’il n’y paraît. Si la justice condamne la violence individuelle, elle exerce elle-même une forme de contrainte lorsqu’elle punit ceux qui transgressent les lois. La question devient alors de savoir comment comprendre cette violence exercée au nom du droit.
Dans cet extrait de Le Juste, Paul Ricœur analyse précisément le lien entre violence, vengeance et justice. Il refuse de réduire la violence aux seules agressions physiques : selon lui, une forme particulièrement importante de violence réside dans la vengeance, c’est-à-dire dans la volonté de se faire justice soi-même. La justice apparaît alors comme une institution qui retire aux individus le pouvoir de punir directement afin de confier cette mission à une autorité publique.
Le problème posé par Ricœur est donc le suivant : comment la justice peut-elle lutter contre la violence alors qu’elle conserve elle-même une part de contrainte et de punition ?
Nous verrons d’abord que Ricœur élargit la définition de la violence en montrant que la vengeance constitue une forme essentielle de violence. Nous expliquerons ensuite que la justice se fonde sur le dépassement de la vengeance privée par l’intervention de la société. Enfin, nous verrons que la justice, même lorsqu’elle est civilisée et institutionnelle, conserve une dimension violente héritée de la vengeance.
I. La violence ne se réduit pas à l’agression : la vengeance constitue une forme profonde de violence
Ricœur commence son texte par une critique : « On aurait tort de réduire la violence à l’agression ». Il remet en cause une définition trop limitée de la violence qui se contenterait de désigner les actes physiques comme les coups, les blessures ou la mort.
Ces exemples montrent que la violence peut prendre une forme visible : elle atteint directement le corps ou la liberté d’une personne. Mais Ricœur affirme qu’il existe des formes plus complexes et parfois moins apparentes de violence. Il évoque notamment « la violence dissimulée » et « les violences subtiles ». La violence ne consiste donc pas seulement à faire souffrir physiquement quelqu’un ; elle peut également porter atteinte à sa dignité, à ses droits ou à sa liberté.
Cette analyse rejoint la distinction faite par certains philosophes entre violence directe et violence institutionnelle ou symbolique. La violence peut être présente même lorsqu’elle n’est pas immédiatement visible.
Mais Ricœur insiste surtout sur « la plus tenace des formes de la violence », qui est selon lui la vengeance. La vengeance correspond à la volonté d’un individu de répondre lui-même à une injustice subie. Elle semble parfois légitime : celui qui a été victime d’un tort ressent le besoin de réparer ce tort par lui-même. Pourtant, Ricœur montre que cette réaction entretient précisément la violence.
En effet, la vengeance repose sur un principe de réciprocité : une violence appelle une autre violence. Celui qui se venge ne sort pas de la logique de la violence, il la prolonge.
Cette idée rappelle l’analyse de Hobbes dans le Léviathan : dans l’état de nature, lorsque chacun possède le droit de se défendre lui-même, les conflits peuvent devenir permanents car chacun se considère juge de ses propres intérêts. Pour sortir de cette situation, il faut une autorité commune capable d’imposer une règle.
Ainsi, la vengeance apparaît comme une fausse justice : elle prétend réparer une injustice, mais elle reste une forme de violence privée.
II. La justice se fonde sur le remplacement de la vengeance individuelle par une autorité collective
Après avoir montré que la vengeance appartient encore au domaine de la violence, Ricœur explique que la justice véritable suppose précisément de dépasser cette logique. Il affirme que « la justice s’oppose non seulement à la violence tout court […] mais aussi à cette simulation de la justice que constitue la vengeance ».
L’expression « simulation de la justice » est essentielle. La vengeance ressemble à la justice parce qu’elle cherche à punir un coupable, mais elle s’en distingue profondément : elle n’est pas impartiale. Celui qui se venge agit à partir de sa propre souffrance, de sa colère ou de son désir de réparation.
La justice, au contraire, exige une institution capable de juger selon des règles communes. Elle ne dépend pas des sentiments particuliers des individus, mais d’un principe général.
Ricœur explique alors que « l’acte fondamental par lequel on peut dire que la justice est fondée dans une société » est celui par lequel « la société enlève aux individus le droit et le pouvoir de se faire justice à eux-mêmes ».
Cette idée constitue le cœur du texte : la naissance de la justice correspond à une limitation de la liberté individuelle. Pour que règne un ordre juste, les individus doivent renoncer à exercer eux-mêmes la violence punitive.
Cette conception rappelle le contrat social de Rousseau. Dans Du contrat social, les individus abandonnent une partie de leur liberté naturelle afin de vivre sous des lois communes. La société transforme ainsi la force individuelle en une autorité collective.
La justice apparaît donc comme une institution qui remplace la vengeance par le droit. Elle ne supprime pas totalement la violence, mais elle la contrôle en la soumettant à des règles.
Ricœur souligne ainsi que la justice repose sur une « confiscation » du pouvoir de punir : la puissance publique devient seule capable de dire et d’appliquer le droit.
Cette confiscation n’est donc pas une simple privation de liberté ; elle est la condition permettant de sortir du cycle infini de la violence.
III. Pourtant, la justice conserve une dimension violente héritée de la vengeance
Dans la dernière partie du texte, Ricœur introduit une difficulté majeure : même si la justice dépasse la vengeance privée, elle ne supprime pas totalement la violence. Il écrit que « les opérations les plus civilisées de la justice […] gardent encore la marque visible de cette violence originelle qu’est la vengeance ».
Cette idée est paradoxale : la justice est fondée pour lutter contre la violence, mais elle conserve elle-même une forme de violence. En effet, punir quelqu’un signifie lui imposer une contrainte : une peine de prison, une amende ou une sanction constituent des atteintes à la liberté de celui qui est condamné.
Cependant, la différence essentielle est que la violence judiciaire est encadrée par des règles. Elle n’est pas une réaction personnelle ou passionnelle, mais une décision fondée sur une procédure.
Ricœur prend l’exemple de la punition pénale. Il explique que celle-ci peut rester liée à « la vieille idée d’expiation ». L’expiation désigne l’idée selon laquelle le coupable doit souffrir afin de réparer symboliquement la faute commise.
Mais cette idée montre justement la proximité entre justice et vengeance : punir peut encore contenir le désir de faire subir au coupable une souffrance proportionnelle à celle qu’il a causée.
On retrouve ici la réflexion de Nietzsche dans La Généalogie de la morale, lorsqu’il analyse l’origine de la punition. Selon lui, la peine a souvent été liée historiquement à un désir de compensation et de vengeance.
Cependant, la justice moderne tente de dépasser cette dimension en donnant à la peine une autre fonction : protéger la société, empêcher la répétition du crime et permettre éventuellement la réinsertion du condamné.
Ainsi, la justice est une violence transformée : elle n’est plus une violence individuelle et incontrôlée, mais une violence institutionnelle soumise au droit.
Dans ce texte, Paul Ricœur montre que la justice ne doit pas seulement être pensée comme l’opposé de la violence. Son origine même est liée à une transformation de la violence : elle naît lorsque la société retire aux individus le pouvoir de se faire justice eux-mêmes et confie cette fonction à une institution publique.
La vengeance représente une violence qui se donne l’apparence de la justice, tandis que la justice véritable cherche à sortir de cette logique en imposant des règles communes. Cependant, Ricœur souligne que la justice conserve une part de violence, notamment dans la punition, qui garde une trace de la vengeance originelle.
La justice apparaît donc comme une violence maîtrisée, organisée et légitimée par le droit. Son objectif n’est pas de supprimer toute violence, ce qui semble impossible, mais de remplacer la violence arbitraire par une force soumise à des principes.
Cette analyse conduit finalement à s’interroger sur la légitimité de la peine : une société juste doit-elle seulement punir les coupables, ou doit-elle chercher avant tout à transformer les individus et à prévenir la violence future ?
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Epreuve : Bac Technologique
Matière :Philosophie
Classe : Terminale
Centre : métropole
Date : 7 septembre 2026
Durée : 4h
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