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Centres étrangers groupe 1, bac de français 2026 : sujets et corrigés (voie générale et voie technologique) session de juin
Le 18/03/2026
Découvrez les sujets officiels du bac de français 2026 et leurs corrigés détaillés pour les voies générale et technologique
Sur cette page, vous trouverez les sujets du bac de français 2026 des Centres Etrangers Groupe 1, pour le bac général et le bac technologique, accompagnés de corrigés détaillés pour le commentaire littéraire et la dissertation, la contraction et l'essai.
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Epreuve : Bac Général
Matière : Français
Classe : Première
Centre : Centres Etrangers Groupe 1 : Afrique
Date : 8 juin 2026
Durée : 4h
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Francais premiere 2026 centres etrangers sujet officiel 1 (167.21 Ko)- Epreuve écrite voie générale
- Le commentaire
À l'été 1953, Nicolas Bouvier et son ami Thierry Vernet, âgé d'une vingtaine d'années, quitte leur Suisse natal pour se lancer, à bord d'une petite voiture, jusqu'au confins de l'Inde. dans cet extrait, il quitte la Serbie pour gagner la Macédoine
Assez d'argent pour vivre neuf semaines. Ce n'est qu'une petite somme mais c'est beaucoup de temps. Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur. Le toit ouvert, les gaz à main (1) légèrement tirés, assis sur le dossier des fauteuils et un pied sur le volant, on chemine paisiblement à 20 kilomètres-heure à travers des paysages qui ont l'avantage de ne pas changer sans avertir ou à travers des nuits de pleine lune qui sont riches en prodiges : lucioles, cantonniers (2) en babouches (3), modiques bals de village sous trois peupliers, calmes rivières dont le passeur (4) n'est pas levé et le silence si parfait que le son de votre klaxon vous fait tressaillir. Puis le jour se lève et le temps ralentit. On a trop fumé, on a faim, on passe au large d'épiceries encore cadenassées en mâchant sans avaler un morceau de pain retrouvé au fond du coffre, dans les outils. Vers les huit heures, la lumière devient meurtrière et il faut ouvrir l'œil au passage des hameaux à cause de ses vieux éblouis, en bonnet de police, enclins à traverser la route d'un grand saut maladroit juste devant la voiture. Vers midi les freins, les crânes, le moteur chauffent. Si désolé (5) que soit le paysage, il y a toujours un bouquet de saules sous lequel on peut s'endormir, les mains derrière la nuque.
Ou une auberge. Imaginez une salle aux murs bombés, aux rideaux déchirés, fraîche comme une cave où les mouches bourdonnent dans une forte odeur d'oignon. Là, la journée trouve son centre ; les coudes sur la table on fait l'inventaire, on se raconte la matinée comme si chacun l'avait vécue de son côté. L'humeur du jour qui était répartie sur les hectares de campagne se concentre dans les premières gorgées de vin, dans la nappe de papier qu'on crayonne, dans les mots qu'on prononce. Une salivation émotive accompagne l'appétit qui prouve à quel point dans la vie de voyage, les nourritures du corps et celles de l'esprit ont partie liée. Projets et mouton grillé, café turc et souvenirs.
La fin du jour est silencieuse. On a parlé son saoul (6) en déjeunant. Porté par le chant du moteur et le défilement du paysage, le flux du voyage vous traverse, et vous éclaircit la tête. Des idées qu'on hébergeait sans raison vous quittent ; d'autres au contraire s'ajustent et se font à vous comme les pierres au lit d’un torrent. Aucun besoin d'intervenir ; la route travaille pour vous. On souhaiterait qu'elle s'étende ainsi en dispensant ses bons offices, non seulement jusqu'à l'extrémité de l'Inde, mais plus loin encore jusqu'à la mort.
Nicolas Bouvier, l'usage du monde ( 1963)
- La voiture a été bricolé pour leur permettre d'actionner la pédale d'accélérateur assis sur le dossier en prenant le soleil,
- cantonnier : ouvrier chargé d'entretien des routes et des chemins
- Babouches : chaussures orientales
- passeur : personne qui fait traverser une rivière
- désolé : désert
- parler son saoul : par les beaucoup, sans limite
- Les dissertations
Francais premiere 2026 centres etrangers sujet officiel (3.26 Mo)- Arthur Rimbaud, Cahier de Douai.
- Selon un critique, la poésie de Rimbaud n'est "pas seulement écriture pour, mais écriture contre". Dans quelle mesure ce propos vous semble-t-il définir la démarche poétique du Cahier de Douai ?
- Francis Ponge, La rage de l'expression.
- Un critique a pu dire que, dans La rage de l'expression, "le texte ne parle finalement que de lui-même". Dans quelle mesure, selon vous, cette affirmation s'applique-t-elle à l'oeuvre de Francis Ponge au programme ?
- Hélène Dorion, Mes forêts.
- Dans un entretien, Hélène Dorion affirme que l'écriture poétique "consiste à interroger le mystère de l'être et celui du monde, et à recueillir des liens". En quoi cette affirmation de l'auteure correspond-elle à votre lecture de Mes forêts.
Les sujets proposés dans les centres d’examen comme les Centres Etrangers, Groupe 1 correspondent aux épreuves anticipées de français passées en classe de première bac général, où les candidats choisissent entre un commentaire de texte ou une dissertation sur une œuvre au programme
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Corrigé du commentaire
La littérature de voyage ne se limite pas à la description de paysages exotiques : elle constitue souvent une réflexion sur le rapport de l'homme au temps, au monde et à lui-même. C'est précisément ce que propose Nicolas Bouvier dans L'Usage du monde, récit publié en 1963 à partir du voyage qu'il entreprend avec son ami Thierry Vernet de l'Europe jusqu'à l'Inde. Dans cet extrait, les deux jeunes hommes traversent les Balkans et gagnent la Macédoine. Loin de toute aventure spectaculaire, l'auteur raconte le quotidien de la route, fait de lenteur, d'étapes et de méditation.
Nous pouvons alors nous demander comment Nicolas Bouvier transforme ici un simple trajet en une véritable expérience poétique et philosophique du voyage.
Nous verrons d'abord que le texte célèbre une autre manière de voyager fondée sur la lenteur, puis qu'il fait du voyage une expérience profondément sensorielle et humaine, avant de montrer qu'il devient finalement un moyen de connaissance de soi et du monde.
I. L'éloge d'un voyage lent et libéré des contraintes modernes
1. Un choix volontaire de simplicité
Dès l'ouverture du texte, le voyage apparaît comme une forme de renoncement matériel :
« Assez d'argent pour vivre neuf semaines »
Cette indication souligne la modestie des moyens dont disposent les voyageurs. Pourtant, la phrase suivante inverse les valeurs habituelles :
« Nous nous refusons tous les luxes sauf le plus précieux : la lenteur. »
Le groupe nominal « le plus précieux » transforme la lenteur en véritable richesse. Le voyage n'est donc plus associé au confort ou à l'abondance mais à la disponibilité.
Cette conception s'oppose implicitement au monde moderne dominé par la vitesse et la rentabilité.
2. Une progression paisible au rythme du monde
La lenteur est ensuite concrètement représentée :
« on chemine paisiblement à 20 kilomètres-heure »
Le verbe « cheminer » évoque davantage la marche que la conduite automobile. Le rythme du voyage épouse celui du paysage.
L'emploi de l'imparfait tout au long du passage (« on chemine », « le jour se lève », « la lumière devient ») crée une impression de durée continue et de fluidité.
Le voyageur peut ainsi observer des détails qui échappent aux regards pressés :
« lucioles », « modiques bals de village », « calmes rivières ».
L'accumulation traduit la richesse d'un monde découvert progressivement.
3. Une temporalité réinventée
Le texte suit les différentes heures de la journée :
« Puis le jour se lève » ;
« Vers les huit heures » ;
« Vers midi ».
Cette progression chronologique simple remplace toute recherche de performance ou d'objectif.
Les voyageurs vivent dans un temps naturel, réglé par la lumière, la faim ou la fatigue.
La phrase :
« Puis le jour se lève et le temps ralentit »
constitue presque un paradoxe poétique : alors que la journée avance, le temps semble s'étirer. Le voyage permet ainsi de retrouver une perception plus dense et plus authentique de la durée.
Transition
Cependant, cette lenteur n'est pas synonyme d'ennui. Au contraire, elle rend possible une immersion profonde dans le monde sensible et dans les rencontres quotidiennes.
II. Une expérience sensorielle et humaine du voyage
1. Un univers perçu par tous les sens
Le texte mobilise constamment les sensations.
La vue est omniprésente :
« nuits de pleine lune »,
« bouquet de saules »,
« lumière meurtrière ».
Les contrastes lumineux structurent le récit.
L'ouïe est également sollicitée :
« le son de votre klaxon »,
« les mouches bourdonnent »,
« le chant du moteur ».
Les bruits participent à la présence concrète du monde.
Enfin, l'odorat et le goût apparaissent dans la scène de l'auberge :
« forte odeur d'oignon »,
« premières gorgées de vin ».
Le lecteur partage ainsi l'expérience physique des voyageurs.
2. La poésie du quotidien
Bouvier ne décrit ni monuments célèbres ni événements extraordinaires. Son attention se porte sur des réalités modestes :
« cantonniers en babouches »,
« bals de village »,
« épiceries encore cadenassées ».
Cette esthétique du détail ordinaire constitue une caractéristique essentielle de son écriture.
Les notations concrètes deviennent pourtant poétiques grâce au regard du narrateur. Ainsi, le silence nocturne est décrit par une hyperbole :
« le silence si parfait que le son de votre klaxon vous fait tressaillir ».
Le quotidien se transforme alors en émerveillement.
3. Le voyage comme partage
Le récit est constamment porté par le pronom :
« nous ».
Le voyage est une aventure collective.
L'étape de l'auberge constitue un moment privilégié de convivialité :
« on se raconte la matinée ».
Paradoxalement, les deux compagnons racontent une expérience qu'ils ont vécue ensemble :
« comme si chacun l'avait vécue de son côté ».
Cette formule souligne la richesse des perceptions individuelles.
Le champ lexical du repas (« vin », « mouton grillé », « café turc ») associe nourriture et échange humain.
L'auberge devient ainsi un lieu de rencontre entre les corps, les souvenirs et les projets.
Transition
Mais au-delà du plaisir des sensations et de la convivialité, le voyage produit un effet plus profond encore : il transforme intérieurement celui qui s'y abandonne.
III. Le voyage comme expérience philosophique et transformation intérieure
1. Une libération de l'esprit
Dans le dernier paragraphe, le mouvement de la route agit directement sur la pensée :
« le flux du voyage vous traverse ».
La métaphore présente le voyage comme une force vivante qui circule à travers l'individu.
Peu à peu,
« des idées qu'on hébergeait sans raison vous quittent ».
Le voyage exerce une fonction purificatrice. Il débarrasse l'esprit de ses préoccupations inutiles.
2. Une harmonie retrouvée avec le monde
Inversement,
« d'autres au contraire s'ajustent et se font à vous comme les pierres au lit d'un torrent ».
Cette comparaison est particulièrement significative.
Les pierres façonnées par l'eau symbolisent le lent travail du temps. Les pensées trouvent naturellement leur juste place.
Le voyage n'impose rien ; il accompagne une transformation progressive.
Cette idée est résumée par la formule :
« Aucun besoin d'intervenir ; la route travaille pour vous. »
La personnification de la route lui confère presque un rôle de guide spirituel.
3. Une méditation existentielle
Le texte dépasse finalement le simple récit de voyage.
La dernière phrase élargit considérablement la perspective :
« On souhaiterait qu'elle s'étende ainsi (...) jusqu'à la mort. »
L'évocation inattendue de la mort donne une portée philosophique à l'extrait.
La route devient une métaphore de l'existence humaine. Comme le voyage, la vie est un cheminement dont l'essentiel réside moins dans l'arrivée que dans le parcours lui-même.
La formule finale traduit une forme de sagesse : accepter le mouvement du monde et se laisser porter par lui.
Dans cet extrait de L'Usage du monde, Nicolas Bouvier fait du voyage bien davantage qu'un déplacement géographique. Grâce à l'éloge de la lenteur, à la richesse des sensations et à la réflexion intérieure qu'il suscite, le trajet devient une véritable expérience de vie. Le récit célèbre une manière d'habiter le monde fondée sur l'attention, la disponibilité et l'émerveillement. Ainsi, la route apparaît comme une école de liberté et de connaissance de soi, transformant chaque étape en leçon d'existence.
Ouverture : Cette conception du voyage comme expérience initiatique peut être rapprochée de celle développée par Sylvain Tesson dans ses récits contemporains, où le déplacement permet également de réfléchir au sens de la vie et à la place de l'homme dans le monde.
Corrigé de la dissertation sujet 1
- Arthur Rimbaud, Cahier de Douai.
- Selon un critique, la poésie de Rimbaud n'est "pas seulement écriture pour, mais écriture contre". Dans quelle mesure ce propos vous semble-t-il définir la démarche poétique du Cahier de Douai ?
À seulement seize ans, Arthur Rimbaud n'aspire pas seulement à s'inscrire dans l'histoire littéraire ; il veut en faire éclater les cadres. À l'automne 1870, lorsqu'il confie à Paul Demeny les vingt-deux poèmes qui composeront le Cahier de Douai, le jeune poète livre le témoignage d'une crise à la fois intime, politique et esthétique. Un critique affirme à ce titre que la poésie de Rimbaud n'est « pas seulement écriture pour, mais écriture contre ». Cette formule met en lumière la double polarité du recueil. L'« écriture pour » désigne une poésie de la célébration, de l'idéal, tendue vers l'avenir, la liberté et l'émancipation des sens. À l'inverse, l'« écriture contre » incarne la dimension polémique, satirique et subversive d'une œuvre qui se construit en rupture radicale avec son temps : contre la bourgeoisie, contre la guerre, contre la religion et contre les formes poétiques figées. Dès lors, le génie rimbaldien réside-t-il dans une simple oscillation entre révolte et espérance, ou la destruction n'est-elle pas, chez lui, la condition sine qua non de la création ? Dans quelle mesure la démarche poétique du Cahier de Douai se définit-elle comme une dialectique où la fureur de la négation conditionne paradoxalement l'avènement d'une poésie de l'émancipation et du désir ? Nous verrons dans un premier temps que le Cahier de Douai est une œuvre de combat, une « écriture contre » qui s'attaque aux structures morales, politiques et esthétiques de son époque. Puis, nous analyserons comment ce recueil se déploie comme une « écriture pour », habitée par un élan lyrique tourné vers la liberté, la nature et l'érotisme. Enfin, nous montrerons que ces deux forces fusionnent dans une dynamique proprement rimbaldienne : la destruction y devient le creuset d'une refondation poétique moderne.
I. Une « écriture contre » : la poésie comme espace de subversion et de rupture
Le Cahier de Douai s'ouvre et se déploie dans un fracas de révoltes. Pour le jeune Rimbaud, étouffant dans la province de Charleville, la poésie est d'abord une arme de destruction massive dirigée contre les hypocrisies de son siècle.
A. La satire politique et sociale : le procès de l'ordre bourgeois
Rimbaud oriente sa plume contre le Second Empire vieillissant et la bourgeoisie satisfaite. C'est une écriture du refus face à la léthargie politique.
Dans « À la Musique », la satire se fait féroce contre la bourgeoisie de Charleville. Rimbaud tourne en dérision « les bourgeois poussifs », « les épiciers retraités » suspendus aux airs de l'orchestre militaire. La coupe du vers brise l'harmonie recherchée par ces notables pour souligner leur lourdeur grotesque.
Cette haine de l'ordre se radicalise avec la guerre franco-prussienne de 1870. Dans « Le Mal », Rimbaud fustige l'alliance du pouvoir politique et de la religion. Tandis que la guerre fait « un effroyable rictus » et broie les soldats par milliers, Dieu « rit aux nappes damassées des autels » et « s'endort au grognement doux des encensements ». L'écriture s'insurge ici violemment contre le cynisme des institutions.
B. La désacralisation de la religion et de la morale
L'écriture rimbaldienne s'attaque de front aux carcans religieux qui brident les corps et les esprits. Elle se fait blasphématoire pour mieux libérer l'individu.
Le poème « Les Châtiments de Tartufe » s'inscrit directement dans la tradition moliéresque pour dénoncer l'hypocrisie cléricale. Rimbaud y déshabille littéralement le faux dévot (« Un méchant jour [...] Saisit Tartufe à la peau »), exposant sa laideur et ses vices cachés.
Plus profondément, dans « Soleil et Chair », Rimbaud regrette le temps du paganisme antique et attaque le monothéisme chrétien qui a culpabilisé le désir humain : « Misère ! Et depuis lors, il porte sur son dos, / Esclave, idolâtre, un calvaire de dieux ». L'écriture lutte contre le péché originel pour réhabiliter la pureté de la chair.
C. La rupture avec le conformisme poétique
Écrire « contre », c'est aussi refuser d'imiter servilement les maîtres du passé, qu'ils soient romantiques ou parnassiens, même si Rimbaud commence par s'en inspirer.
Dans « Vénus Anadyomène », Rimbaud parodie le motif poétique traditionnel de la naissance de la beauté. À la déesse sortant des eaux succède une femme laide, s'extrayant d'une baignoire, marquée par la maladie (« un ulcère à l'anus »). Ce contre-blason est une agression esthétique : Rimbaud écrit contre la poésie académique et le beau conventionnel pour imposer le laid en littérature, annonçant les préceptes de la modernité.
II. Une « écriture pour » : l'élan lyrique vers l'idéal et l'émancipation
Cependant, réduire le Cahier de Douai à une pure entreprise de démolition serait manquer sa profonde lumière. La poésie de Rimbaud est simultanément une « écriture pour » : elle célèbre la vie, cherche l'absolu et explore les voies d'une liberté totale.
A. Une poésie pour la liberté et l'émancipation de soi
Le recueil est le carnet de bord des fugues de Rimbaud. L'écriture s'y fait le vecteur d'une liberté retrouvée, d'une communion sauvage avec le monde.
Dans « Ma Bohème », véritable profession de foi itinérante, le poète se met en scène en vagabond céleste (« Petit Poucet rêveur »). L'écriture célèbre l'indépendance absolue : « Je m'en allais, les poings dans mes poches crevées ». La pauvreté matérielle devient la condition d'une richesse poétique infinie, où les étoiles deviennent des lyres.
De même, dans « Sensation », l'écriture s'ouvre à un avenir radieux. Le futur y domine (« j'irai », « je laisserai », « je parlerai ») pour traduire un projet d'existence libéré des conventions sociales : « Infini, je m'en irai par la nature, / Heureux comme avec une femme ».
B. La célébration de la Nature et le renouveau du lyrisme amoureux
L'« écriture pour » est aussi un chant d'amour adressé à la Terre nourricière et aux premières émotions érotiques, loin du puritanisme ambiant.
La nature chez Rimbaud est un refuge bienveillant et sensuel. Dans « Le Dormeur du val », malgré l'ironie tragique de la chute, le premier quatrain célèbre un cadre naturel vibrant de vie (« Un trou de verdure où chante une rivière »). La nature offre au soldat un écrin, une matrice.
Le recueil est également jalonné de poèmes amoureux d'une grande fraîcheur printanière. Dans « Les Reparties de Nina » ou « Roman », l'écriture se met au service du badinage et du désir adolescent. « On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans », s'exclame le poète : l'écriture valide ici la légèreté, l'instant présent et l'ivresse des sens (« La sève chantante », « Le cœur fou »).
C. Le plaidoyer pour la justice et le progrès humain
L'écriture rimbaldienne s'engage en faveur de grandes causes universelles. Elle rêve d'une humanité réconciliée et libérée de la tyrannie.
Dans « Le Forgeron », Rimbaud donne la parole au peuple de 1792 face à Louis XVI. L'écriture se fait l'écho des opprimés et célèbre la figure du travailleur titan, bâtisseur d'un monde nouveau : « Nous sommes Ouvriers, Sire ! ». Le poème chante l'avènement de la démocratie et de l'égalité.
Dans « Morts de Quatre-vingt-douze », le poète rend un hommage vibrant aux soldats de la Révolution. L'écriture n'est plus satirique, elle est épique et mémorielle, tendue pour la défense de la République et de la Liberté.
III. La dialectique rimbaldienne : détruire pour réinventer, le « contre » au service du « pour »
En réalité, l'« écriture contre » et l'« écriture pour » ne sont pas deux élans séparés qui se partageraient le recueil. Elles constituent les deux faces d'une même pièce. Chez Rimbaud, la négation est le moteur même de la création : il faut écrire contre le vieux monde pour pouvoir écrire pour la poésie de l'avenir.
A. La destruction comme condition de la pureté lyrique
Pour que le lyrisme soit authentique, il doit d'abord nettoyer le langage des clichés bourgeois et de la mièvrerie.
Prenons « Au Cabaret-Vert ». Le poème commence par la rupture avec la marche harassante (« Depuis huit jours, j'avais déchiré mes bottes ») pour déboucher sur la plénitude presque picturale du repas. La trivialité du quotidien (les « tartines de beurre », le « jambon tiède ») s'élève au rang de sujet poétique majeur. C'est en écrivant contre les sujets nobles traditionnels que Rimbaud réussit à écrire pour un lyrisme du réel et des plaisirs simples.
B. L'alchimie poétique : transfigurer le négatif
La force de Rimbaud réside dans sa capacité à faire naître la beauté du cœur même de la violence ou de la mort, opérant une forme de résurrection par le verbe.
Le chef-d'œuvre de cette synthèse est sans doute « Le Dormeur du val ». L'écriture lutte contre l'horreur absurde de la guerre, mais elle le fait à travers un écrin de douceur. Le contraste saisissant entre la lumière du val et la rigidité du cadavre (« Il dort dans le soleil ») crée une tension dramatique qui éveille la conscience du lecteur. Le « contre » (la dénonciation de la guerre) est magnifié par le « pour » (la beauté formelle du sonnet et l'empathie lyrique).
C. Vers la posture du Voyant : l'écriture pour un langage nouveau
Le Cahier de Douai contient déjà en germe la révolution poétique que Rimbaud théorisera un an plus tard dans ses Lettres du Voyant. L'écriture révoltée prépare l'avènement d'une langue sacrée.
Dans « Rages de Césars » ou « L'Éclatante Victoire de Sarrebrück », en brisant le rythme traditionnel de l'alexandrin par des rejets et des enjambements audacieux, Rimbaud n'exprime pas seulement sa colère politique. Il libère le vers français de son carcan. Saboter la métrique classique, c'est écrire contre la tradition pour ouvrir la voie pour la poésie moderne, celle des Illuminations. La révolte politique devient indissociable de la révolution formelle.
En définitive, le Cahier de Douai s'avère être le laboratoire d'une poésie totale, où la formule du critique prend tout son sens. La démarche d'Arthur Rimbaud est profondément double, mais unifiée par un même souffle. C'est une « écriture contre » qui manie l'ironie, la satire et le blasphème pour fustiger l'ordre bourgeois, la religion et le conformisme littéraire. Mais c'est tout autant une « écriture pour » qui célèbre la liberté des chemins, la sensualité de la nature et les promesses de la jeunesse. Loin de s'opposer, ces deux mouvements s'alimentent mutuellement : la table rase opérée par la révolte est la condition indispensable pour faire advenir une parole poétique neuve et incandescente. [Ouverture] En faisant de la négation le principe actif du renouveau lyrique, ce recueil de jeunesse pose les fondations du mythe rimbaldien. Cette tension dialectique entre destruction et prophétisme trouvera son accomplissement ultime quelques années plus tard, lorsque Rimbaud, ayant achevé de brûler ses vaisseaux poétiques, s'exclamera dans Une saison en enfer : « Il faut être absolument moderne ».
Corrigé de la dissertation sujet 2
- Francis Ponge, La rage de l'expression.
- Un critique a pu dire que, dans La rage de l'expression, "le texte ne parle finalement que de lui-même". Dans quelle mesure, selon vous, cette affirmation s'applique-t-elle à l'oeuvre de Francis Ponge au programme ?
Dans son sémillant recueil Le Parti pris des choses (1942), Francis Ponge s'était donné pour mission de réparer l'outrage que l'homme fait aux objets en les nommant trop vite, sans les voir. Cependant, avec La Rage de l'expression, publié en 1952, le poète franchit un cap décisif : il ne livre plus seulement le produit fini de son observation, mais le journal de bord, souvent chaotique, de sa création. Un critique a pu affirmer à ce titre que, dans cet ouvrage, « le texte ne parle finalement que de lui-même ». Cette formule suggère que l'œuvre pongienne souffrirait d'un repli autoréférentiel, ou réflexif : le poète, prisonnier des mots, finirait par délaisser l'objet initial (la guêpe, le mimosa, le carnet de bois) pour n'analyser que l'acte d'écrire et ses propres ratures. Or, l'ambition déclarée de Ponge est précisément inverse : il s'agit de s'effacer devant le monde extérieur, de faire exister la « chose » dans sa matérialité objective. Dès lors, la poésie de Ponge est-elle une vaine introspection linguistique, ou le détour par le dictionnaire et la mise en scène du texte ne sont-ils pas le seul moyen d'atteindre la vérité profonde du monde ? Dans quelle mesure la réflexivité de La Rage de l'expression loin d'isoler le texte du réel, constitue-t-elle la condition paradoxale et unique d'une saisie authentique des choses ? Nous verrons d'abord que le recueil s'apparente, de fait, à un laboratoire scriptural où le texte se prend constamment pour objet. Puis, nous analyserons comment cette mise en abyme de l'écriture demeure fondamentalement tendue vers la restitution fidèle du monde extérieur. Enfin, nous montrerons que, chez Ponge, le mot et la chose fusionnent dans l'avènement d'un genre nouveau, l'objoie ou l'objeu, où parler du texte et parler de l'objet ne font plus qu'un.
I. Le texte comme miroir de lui-même : l'obsession du laboratoire scriptural
Il est indéniable que La Rage de l'expression offre au lecteur le spectacle permanent d'un texte en train de se regarder écrire. Contrairement à la poésie traditionnelle qui dissimule ses ébauches, l'œuvre de Ponge s'affiche comme un document brut, un « journal de travail ».
A. L'étalage des ratures et l'esthétique du chantier
Ponge refuse le poème fermé et poli. Il donne à voir le texte dans sa genèse, faisant des hésitations de l'écrivain la matière même du livre.
Le recueil est composé de notes datées, de reprises, de listes de mots et de repentirs. Dans « Le Carnet du bois de pins », le texte progresse par vagues successives (notes du 12 août, du 13 août, etc.). Le lecteur n'assiste pas à la description fluide d'un bois, mais aux efforts de Ponge pour corriger la veille ce qu'il a écrit l'avant-veille : « Repris le 22 août. Tout cela ne va pas. » Le texte parle donc explicitement de ses propres insuffisances.
Dans « La Mounine », le poète insère des fragments entiers qui constatent l'échec de la description. Le texte commente sa propre progression et sa propre panne, devenant le récit d'une tentative d'écriture plutôt que la peinture d'un paysage.
B. Le dictionnaire comme paysage primordial
Pour Ponge, le réel ne se trouve pas seulement dans la nature, il se trouve au cœur des mots, dans leur étymologie et leur typographie. Le texte se nourrit de sa propre substance linguistique.
Dans « Le Mimosa », le poète s'arrête longuement sur la structure du mot lui-même : « MIMOSA. Quelque chose de l'ordre de la dactylo ou du piano... ». Le texte ne décrit pas l'arbre en fleur, il analyse les sonorités et les lettres du mot mimosa, faisant de la langue le seul sujet de l'attention poétique.
De même, dans « La Guêpe », Ponge joue sur la lettre « G » ou l'accent circonflexe comme s'ils étaient des éléments physiques de l'insecte. Le texte parle de sa propre grammaire : la guêpe devient un prétexte pour faire fonctionner la machine à écrire et explorer les définitions du dictionnaire Littré.
C. La rupture avec l'illusionnisme réaliste
En faisant parler le texte de lui-même, Ponge détruit l'illusion que les mots seraient des fenêtres transparentes ouvrant directement sur le monde.
Ponge intervient constamment à la première personne pour commenter ses choix stylistiques. Dans « Notes prises pour un oiseau », il écrit : « Ne pas oublier que ceci est une parodie. » Par cette posture métapoétique (le fait pour un texte de commenter son propre fonctionnement), Ponge rappelle au lecteur que le poème est un artefact, un objet de langage autonome qui, au bout du compte, se désigne lui-même comme création artificielle.
II. Le texte tendu vers l'Autre : le refus du solipsisme et le parti pris des choses
Pourtant, cette réflexivité agaçante ou fascinante n'est jamais un repli narcissique. Si le texte parle de lui-même, c'est par honnêteté intellectuelle et par désir absolu d'épouser la singularité de la chose.
A. L'écriture contre l'anthropocentrisme
Si le texte scrute ses propres mécanismes, c'est pour évacuer la subjectivité de l'auteur. Le poète ne parle pas de lui-même ; il met en scène le langage pour mieux s'effacer derrière l'objet.
Contrairement aux Romantiques qui utilisaient la nature comme le miroir de leur âme, Ponge refuse d'épancher ses sentiments. Dans « La Figue », le texte cherche la vérité objective de ce fruit. Si le texte commente sa propre méthode, c'est pour s'assurer qu'il ne plaque pas sur la figue des métaphores humaines arbitraires. La rage de l'expression est une rage d'exactitude scientifique et phénoménologique (la saisie de l'objet brut).
B. Le texte comme « dross de rechange » : réparer l'insuffisance humaine
Le texte parle de ses propres limites parce que le langage ordinaire est usé, inadéquat pour dire la beauté muette du monde. La réflexivité est une lutte pour adapter l'outil linguistique à la réalité.
Dans « Berges de la Loire », Ponge se confronte à la fluidité et à la complexité du fleuve. Le texte revient sur lui-même, multiplie les synonymes et les structures syntaxiques parce qu'aucun mot unique ne peut contenir la Loire. Les commentaires du texte sur lui-même témoignent de la résistance que le monde réel oppose aux mots. Le texte parle de ses manques pour honorer la plénitude de la chose.
C. Le respect de la leçon des choses
Chaque texte de La Rage de l'expression adopte une forme calquée sur le comportement de l'objet étudié. Le fonctionnement du texte est dicté par l'extérieur.
Dans « Le Carnet du bois de pins », la structure fragmentée, verticale et dense du texte mime la disposition même des arbres dans la forêt et l'accumulation des aiguilles de pin sur le sol. Le texte ne parle de sa propre forme que parce que cette forme est devenue chrétiennement, biologiquement, le calque du bois de pins. La réflexivité textuelle est ici une tentative de mimétisme absolu.
III. Le texte et la chose réconciliés : l'avènement de l'« Objeu »
La formule du critique doit donc être dépassée. Le texte ne parle pas « uniquement » de lui-même ou « uniquement » de la chose ; il abolit la frontière entre le langage et le monde à travers deux concepts clés de la poétique pongienne : l'objeu et l'objoie.
A. La fusion du mot et de l'objet : le texte devenu chose
La réussite suprême de Ponge consiste à faire du texte lui-même un objet concret, doté d'un poids, d'une texture et d'une matérialité équivalents à ceux de la nature.
Ponge écrit dans La Rage de l'expression qu'il veut créer des définitions-poèmes qui soient des « objets de rechange ». Le texte sur « Le Mimosa » ne se contente pas de décrire le mimosa ; il aspire à être aussi jaune, aussi pulvérulent, aussi fragile sur la page que la fleur dans le jardin. Par conséquent, quand le texte parle de lui-même, il parle aussi de la fleur, car le texte s'est fait fleur.
B. L'écriture comme acte de naissance réciproque
Dans l'acte poétique pongien, la naissance de l'expression correcte coïncide exactement avec la révélation de l'objet. Le texte et la chose s'engendrent mutuellement.
Dans « La Guêpe », le rythme saccadé des phrases, coupé de tirets et de points d'exclamation, reproduit le vol rasant et menaçant de l'insecte : « Vol aigu, — vibratoire, — zézayant... ». L'excitation du texte qui cherche ses mots devient identique à l'excitation de la guêpe qui cherche sa proie. La fureur du texte est la fureur de l'insecte : le sujet et l'objet fusionnent dans l'espace de la page.
C. L'« Objoie » : la jubilation du texte partagée avec le monde
Enfin, si le texte célèbre sa propre réussite, c'est pour inviter le lecteur à une joie profonde, celle d'avoir réconcilié l'homme avec son environnement par le pouvoir du Verbe.
Le terme d'« objoie », forgé par Ponge, désigne la joie née de la saisie parfaite d'un objet par un texte. À la fin de « La Figue » ou du « Carnet du bois de pins », lorsque le poète parvient enfin à la formule idéale, le texte célèbre sa propre victoire stylistique. Mais cette auto-célébration est immédiatement reversée à l'objet : le texte est heureux d'avoir rendu justice à la figue ou au bois de pins. L'autoréférence débouche sur une célébration cosmique.
En somme, affirmer que dans La Rage de l'expression le texte « ne parle finalement que de lui-même » s'avère une vérité partielle qui en cache une plus haute. Certes, Francis Ponge offre le spectacle d'une poésie radicalement réflexive, exhibant ses brouillons, auscultant le dictionnaire et mettant en scène ses propres doutes esthétiques. Toutefois, ce repli sur les rouages de la langue n'est jamais un renoncement au monde. Bien au contraire, c'est en nettoyant le langage de ses automatismes et en interrogeant la matérialité des mots que Ponge parvient à extraire les objets de leur mutisme séculaire. Le texte se prend pour objet afin de devenir lui-même une « chose », réalisant ainsi cette fusion magique entre le signe et le référent. [Ouverture] En transformant la poésie en un atelier transparent, Ponge ne s'isole pas du monde, il en redessine les contours. Cette quête d'une écriture qui soit à la fois conscience d'elle-même et fenêtre ouverte sur le réel ouvrira la voie aux explorations littéraires de la seconde moitié du XXe siècle, notamment celles du Nouveau Roman ou du structuralisme, qui feront de la textualité l'unique territoire de l'aventure humaine.
Corrigé de la dissertation sujet 3
- Hélène Dorion, Mes forêts.
- Dans un entretien, Hélène Dorion affirme que l'écriture poétique "consiste à interroger le mystère de l'être et celui du monde, et à recueillir des liens". En quoi cette affirmation de l'auteure correspond-elle à votre lecture de Mes forêts.
Face au fracas de l’époque moderne, marqué par la crise climatique, la surconsommation et l'omniprésence des écrans, la poésie contemporaine s'érige souvent comme un refuge et un espace de reconnexion. C'est précisément cette ambition qui anime la poétesse québécoise Hélène Dorion lorsqu'elle publie Mes forêts en 2021. Dans un entretien, elle affirme que l'écriture poétique « consiste à interroger le mystère de l'être et celui du monde, et à recueillir des liens ». Cette profession de foi éclaire magnifiquement l'architecture de son recueil. D'un côté, le verbe « interroger » souligne la dimension existentielle et métaphysique de sa poésie : la forêt n'est pas un simple décor vert, elle est le miroir des doutes de « l'être » humain et de l'opacité d'un « monde » en crise. D'un autre côté, le verbe « recueillir » insiste sur le rôle réparateur et fraternel de la poésie, chargée de tisser ou de raviver des « liens » abîmés : liens entre l'humain et la nature, entre le passé de la Terre et notre présent, ou encore entre les êtres eux-mêmes. Dès lors, en quoi le voyage poétique au cœur de Mes forêts parvient-il à transformer l'angoisse face à l'inconnu en une célébration des correspondances secrètes qui unissent le vivant ? Nous verrons dans un premier temps que le recueil se déploie comme une enquête métaphysique, une « interrogation » suspendue face au mystère de l'existence et au dérèglement de notre Terre. Puis, nous analyserons la manière dont le poème devient un geste de « recueillement », visant à réparer et célébrer les liens profonds qui unissent l'humain au cosmos. Enfin, nous montrerons que cette double démarche fait de la forêt le lieu d'une réconciliation spirituelle et poétique majeure, où le mystère de l'être s'éclaire par sa fusion avec le monde.
I. Une poésie de l'« interrogation » : sonder le mystère de l'être et la dérive du monde
Hélène Dorion ne trône pas en moralisatrice ; elle observe, doute et pose des questions à travers ses vers. Mes forêts s'ouvre sur le constat d'une opacité du réel et d'une intériorité humaine souvent fragmentée.
A. Le mystère de l'être : une quête d'identité et de sens
L'intériorité humaine est chez Dorion une forêt obscure qu'il faut arpenter. L'être humain se cherche lui-même à travers le temps et la mémoire.
Dès la section initiale « Mes forêts de l'enfance », l'écriture interroge les origines de l'identité. Le souvenir n'est pas fixe, il est mouvant, mystérieux. Le poète traque les traces du passé : « d'où vient l'enfance / d'où viennent les arbres ». Les pronoms indéfinis et l'absence de ponctuation miment cette fluidité d'un être qui cherche ses points d'ancrage.
L'être est aussi hanté par la fragilité de sa condition. Dans la section « Mes forêts de l'exil », Dorion évoque la solitude humaine, le sentiment de perte et le deuil. L'existence est présentée comme un cheminement brumeux, où l'humain fait l'expérience du vide et du « tremblement ».
B. Le mystère du monde : la beauté brute et insaisissable du cosmos
Le monde physique n'est pas un objet inerte que la science peut totalement expliquer ; il conserve une part de mystère sacré que la poésie cherche à capter.
La nature chez Dorion est dotée d'une verticalité souveraine et indifférente aux hommes. Dans « L'écorce des jours », les forêts traversent les siècles, immuables face au vent, à la neige et à la nuit. La poétesse interroge cette temporalité géologique et végétale qui dépasse de loin l'échelle humaine. Les arbres sont des « géants de silence » qui détiennent un secret auquel l'homme n'a pas pleinement accès.
C. L'interrogation face à l'Anthropocène : le monde en dérive
Interroger le monde aujourd'hui, c'est aussi poser la question de sa destruction par l'activité humaine. La poésie de Dorion enregistre le choc du dérèglement climatique.
Dans la section centrale « Une chute de galets », l'interrogation se fait plus inquiète, voire tragique. La poétesse évoque « les forêts de plastique », « les arbres de fumée », ou le bitume qui grignote le vivant. Le monde est devenu lisible mais dénaturé. L'écriture interroge notre responsabilité collective face à ce désastre : « qu'avons-nous fait / de la beauté du monde ».
II. Une poésie qui « recueille des liens » : réparer la rupture et retisser les fils du vivant
Si le constat de départ est celui de la fragmentation et de l'exil, le geste poétique d'Hélène Dorion est fondamentalement thérapeutique. Le poème agit comme un aimant ou un filet destiné à rassembler ce qui a été dispersé.
A. Recueillir le lien originel entre l'humain et la nature : la symbiose retrouvée
Pour Dorion, l'homme ne doit pas dominer la nature, il en fait partie intégrante. L'écriture abolit la frontière entre le corps humain et le corps végétal.
Tout au long du recueil, le déterminant possessif du titre, « Mes » forêts, se déleste de toute notion de propriété bourgeoise pour exprimer une appartenance intime. Dans la section « Mes forêts du monde », les arbres et les humains partagent les mêmes fluides, les mêmes souffrances : « la sève s'écoule / comme notre sang ».
Les métaphores de l'écorce, des racines, et des aiguilles s'appliquent à l'anatomie humaine. Le poème « recueille » ce lien physique oublié : respirer la forêt, c'est laisser le monde entrer en soi pour guérir de nos fêlures.
B. Recueillir le fil du temps : relier le passé, le présent et l'avenir
La poésie est une force de sédimentation. Elle permet de relier les différentes époques de la vie humaine et de l'histoire de la Terre.
Dans « Avant la nuit », Dorion tisse un lien entre les générations. La forêt est le lieu où les ancêtres ont marché et où les enfants marcheront. C'est un espace de transmission transhistorique.
Le rythme des poèmes, souvent construit sur des anaphores et des structures circulaires (comme la reprise des motifs du vent ou de la pluie), donne au lecteur le sentiment d'un temps cyclique. La poésie recueille les débris du passé pour en faire le terreau de l'avenir.
C. Recueillir les voix : le poème comme espace de fraternité
Le lien se tisse aussi entre le « Je » de la poétesse et le « Nous » de la communauté humaine. L'écriture accueille la vulnérabilité de l'autre.
Bien que le recueil semble solitaire, le pronom « nous » émerge régulièrement, notamment dans les moments de crise climatique ou existentielle. Le poème recueille les souffrances anonymes. En nommant la beauté des forêts boréales, Dorion crée un espace de communion émotionnelle avec le lecteur, transformant l'expérience intime en un éco-lyrisme universel et solidaire.
III. La forêt comme espace de fusion : quand l'interrogation et le lien se rejoignent
En réalité, interroger le mystère et recueillir des liens ne sont pas deux actions successives ; ce sont deux mouvements simultanés. C'est précisément en comprenant que l'être et le monde sont liés que le mystère s'apprivoise.
A. La métaphore de la racine : l'ancrage dans l'inconnu
Le mystère de l'être s'éclaire dès lors qu'on accepte de s'enraciner dans le mystère du monde. La forêt enseigne à l'homme comment habiter l'incertitude.
Dans la section « Le bruissement du temps », Dorion montre que les arbres tiennent debout malgré les tempêtes parce que leurs racines s'entremêlent sous la terre. C'est une magnifique leçon de vie : le lien (l'entrelacement des racines) est ce qui permet de faire face au mystère (l'imprévisibilité de la tempête). Interroger la forêt, c'est apprendre à accepter notre propre vulnérabilité.
B. L'alchimie du langage : les mots comme tuteurs du monde
Le travail sur le langage poétique chez Dorion est lui-même un travail de tissage. Le mot est le lien suprême qui unit la conscience humaine à l'objet brut.
Dorion utilise un vocabulaire simple, épuré (l'eau, la pierre, l'arbre, le ciel), presque primitif, mais disposé dans une mise en page aérée qui laisse une grande place au blanc. Ce blanc poétique matérialise le « mystère » (ce qui ne peut être dit), tandis que les mots forment les « nœuds » du lien. Le poème ne résout pas le mystère du monde, il le donne à voir avec respect et douceur, en le reliant à notre propre silence intérieur.
C. Du chaos à la paix : l'horizon de l'« horizontalité »
Le recueil se clôt sur une note d'apaisement. L'interrogation anxieuse du début s'efface devant la sérénité du lien pleinement retrouvé.
Dans les derniers poèmes, la forêt n'est plus synonyme d'exil ou de dérive, mais de recommencement. En se fondant dans le grand Tout de la nature, l'être humain trouve enfin sa juste place. Le mystère demeure entier — on ne sait toujours pas d'où vient le monde ni où il va —, mais ce mystère n'est plus effrayant car le lien est recréé : « il reste une forêt / pour recommencer le monde ».
En définitive, la définition qu'Hélène Dorion donne de l'écriture poétique éclaire de part en part l'expérience de lecture de Mes forêts. Son recueil est un chef-d'œuvre de l'éco-poésie contemporaine précisément parce qu'il refuse le cynisme ou le repli sur soi. Face au « mystère de l'être » inquiet et aux convulsions d'un « monde » malmené par l'histoire, la poétesse choisit d'activer la puissance connective du langage. Le poème se fait refuge, herbiers de mémoires et boussole. En « recueillant les liens » invisibles qui unissent l'arbre à l'homme, le passé à l'avenir, et la blessure à la guérison, Dorion transforme la forêt en un temple laïque de la réconciliation. Cette quête de reliance spirituelle et écologique dépasse le cadre du simple recueil ; elle résonne puissamment avec les préoccupations globales de notre siècle, rappelant, à l'instar d'autres poètes du vivant comme Yves Bonnefoy ou Philippe Jaccottet, que sauver la poésie et sauver la Terre relèvent, au fond, d'un seul et même élan vital.
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- Commentaire de texte :
- La poésie du XIXème siècle au XXIème siècle.
- Texte d'Émile Verhaeren, Les Heures du soir (1911).
- Dissertation 1
- Rabelais, Gargantua.
- Parcours : Rire et savoir
- Une critique affirme que Rabelais, tout en ne cessant de divertir le lecteur dans son roman Gargantua, met en place un « rire de discernement », c’est-à-dire qui nous ouvre les yeux.
- Dans quelle mesure cette analyse éclaire-t-elle votre lecture de l’œuvre ?
- Dissertation 2
- Parcours : La comédie sociale
- Un critique a qualifié Les Caractères de « comédie aux accents tragiques ».
- Dans quelle mesure cette expression vous paraît-elle justifiée concernant les livres V à X ?
- Dissertation 3
- Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
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- « Femme, réveille-toi ! », s’exclame Olympe de Gouges dans le postambule de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
- Cette œuvre se limite-t-elle à un appel à une prise de conscience ?

Epreuve : Bac technologique
Matière : Français
Classe : Première
Centre : Centres Etrangers Groupe 1
Date : 8 juin 2026
Durée : 4h
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Stmg sti2d st2s francais premiere 2026 centres etrangers sujet officiel (666.53 Ko)- Epreuve écrite voie technologique
Commentaire de texte :
- Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle.
- Marcel Proust, Albertine disparue, 1925.
La contraction et l'essai
- Sujet A :
- Étienne de La Boétie, Discours sur la servitude volontaire. Texte de Tahar Ben Jelloun, Pensées pour la liberté, 1999.
- Suffit-il d'être né libre pour le rester ?
- Sujet B :
- Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes. Texte de Pierre Léna et Huanming Yang, "Une promenade de science", 2003.
- L'émerveillement face au monde suffit-il à développer le goût de la science ?
- Sujet C :
- Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne. Texte d'Antoine Lilti, "Des Tahitiens en Europe", 2023.
- Comment les voyageurs renouvellent-ils notre regard sur le monde ?
- Vous traiterez au choix, l’un des deux sujets suivants :
- 1- Commentaire de texte (20 points)
- 2 – Contraction de texte (10 points) et essai (10 points)
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- Annales bac techno 2024
- Commentaire de texte :
- La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle.
- Victor Hugo, "Vois, cette branche est rude...", Les Feuilles d'automne, 1831.
- Contraction de texte et essai A :
- Rabelais, Gargantua. Maxime Rovere, L'Ecole de la vie, 2020.
- Selon vous, une bonne éducation se résume-t-elle à la transmission de savoirs ?
- Contraction de texte et essai B :
- La Bruyère, Les Caractères. Marcella Leopizzi, "Considérations de La Bruyère sur la mode. Le portrait d'Iphis", dans La grâce de montrer son âme dans le vêtement, 2015.
- Selon vous, faut-il seulement faire preuve de "lucidité", ou également de "férocité", pour bien peindre les hommes et examiner la nature humaine ?
- Contraction de texte et essai C :
- Olympe de Gouges, Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Isabelle Queval, "Philosophie des Lumières, la passion pour l'égalité aux prémisses de la société inclusive", 2022.
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