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Commentaire linéaire, Ophélie, Rimbaud, oral du bac

Etude linéaire Ophélie, Rimbaud, Les Cahiers de Douai à l'oral du bac de français

Le 09/03/2026 0

Dans Commentaires littéraires et études linéaires, bac 2026

Emancipations créatrices

Ophélie, Arthur Rimbaud

Etude linéaire 

 

 

 

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles

La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,

Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…

– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie

Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;

Voici plus de mille ans que sa douce folie

Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle

Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;

Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,

Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;

Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,

Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :

Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

 

 

Parcours bac " Emancipations créatrices "

 

Arthur Rimbaud, poète majeur du XIXᵉ siècle, renouvelle profondément la poésie par une écriture visionnaire, musicale et symbolique. Très jeune, il s’inscrit encore dans l’héritage romantique et parnassien tout en le dépassant.
Le poème « Ophélie » des Cahiers de Douai, écrit en 1870, s’inspire directement du personnage d’Ophélie dans Hamlet de Shakespeare, figure tragique de la jeune femme devenue folle après la mort de son père et abandonnée par Hamlet, puis retrouvée noyée.

Rimbaud reprend ce personnage mythique pour en faire une apparition poétique, suspendue entre la vie et la mort, la nature et le rêve. Ophélie n’est plus seulement une héroïne tragique : elle devient un symbole de la beauté fragile, de la folie douce et de l’idéal poétique.


 

Comment Rimbaud transforme-t-il la figure tragique d’Ophélie en une vision poétique et musicale, hors du temps, où la nature semble recueillir et sublimer la mort ?


 

Le poème se déploie en quatre mouvements :

  • Une apparition surnaturelle d’Ophélie sur l’eau (strophe 1)
  • Une figure mythique et intemporelle, enfermée dans une douce folie (strophe 2)
  • Une fusion sensuelle et compatissante avec la nature (strophe 3)
  • Une harmonie cosmique et mystérieuse, où la mort devient chant (strophe 4)

Mouvement 1 – Une apparition surnaturelle et immobile (strophe 1)

« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis. »

Dès le premier vers, Rimbaud installe une atmosphère nocturne et silencieuse.
L’« onde calme et noire » associe la tranquillité apparente à une couleur funèbre : l’eau devient un espace de mort et de mystère.

La métaphore « où dorment les étoiles » crée une image irréelle : le ciel semble se refléter et s’engloutir dans l’eau. Cette fusion du haut et du bas donne à la scène une dimension cosmique.

Ophélie est immédiatement idéalisée :

« la blanche Ophélia » → la blancheur renvoie à la pureté, à l’innocence mais aussi au spectre.

La comparaison « comme un grand lys » associe Ophélie à une fleur symbolique de la virginité et de la mort.

La répétition du verbe « flotte », renforcée par l’adverbe « très lentement », suspend le temps : la scène semble figée, presque hypnotique.

Enfin, le dernier vers introduit un contraste sonore :

Les « hallalis », cris de chasse, évoquent la violence du monde humain, lointaine et extérieure à cette scène silencieuse.
Ophélie est déjà séparée du monde des vivants.

Mouvement 2 – Une figure hors du temps, enfermée dans la folie (strophe 2)

« Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir. »

La répétition de « Voici plus de mille ans » inscrit Ophélie dans une temporalité mythique. Elle n’appartient plus à l’histoire de Shakespeare mais à une légende éternelle.

L’expression « fantôme blanc » confirme son statut spectral : Ophélie n’est ni vivante ni morte, mais errante.

Le contraste entre « fantôme blanc » et « long fleuve noir » renforce l’opposition lumière / obscurité, innocence / mort.

La folie d’Ophélie est qualifiée de « douce », ce qui l’idéalise : elle n’est pas violente mais poétique, mélancolique.

Le verbe « murmure » et la « romance » soulignent la musicalité du poème. Ophélie devient une voix fragile, presque imperceptible, portée par « la brise du soir », élément naturel discret et apaisant.


 

Mouvement 3 – Une communion sensuelle avec la nature (strophe 3)

« Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux. »

Dans cette strophe, la nature est entièrement personnifiée et devient protectrice.

Le verbe « baise » introduit une dimension sensuelle, presque érotique, mais très douce. Le vent agit comme un amant ou une caresse.

La métaphore florale « déploie en corolle » transforme Ophélie elle-même en fleur, prolongeant l’image du lys.

Les verbes « bercés », « frissonnants », « pleurent », « s’inclinent » donnent à la nature des gestes humains, empreints de compassion et de tristesse.

Les saules pleureurs, traditionnellement associés au deuil, semblent accompagner Ophélie dans sa mort, tandis que le « front rêveur » souligne son retrait du réel.


 

Mouvement 4 – Une harmonie cosmique et mystérieuse (strophe 4)

« Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or. »

Les nénuphars, plantes aquatiques, prolongent l’univers aquatique et funèbre. Le verbe « soupirent » accentue la mélancolie.

Même morte, Ophélie conserve un pouvoir de vie :

Elle « éveille » un nid,

Elle provoque un « frisson d’aile », image fragile et poétique.

Le dernier vers ouvre la scène vers le ciel :

Les « astres d’or » rappellent les étoiles du premier vers, bouclant le poème.

Le « chant mystérieux » transforme la mort en musique, en élévation poétique.

La chute verticale du chant (« tombe ») unit définitivement le ciel, l’eau et la poésie.



 

Dans ce poème, Rimbaud transforme la mort tragique d’Ophélie en une vision poétique apaisée et esthétique.
Grâce à une écriture riche en images, en personnifications et en musicalité, Ophélie devient une figure mythique, hors du temps, intégrée à une nature compatissante et harmonieuse.
La folie, la mort et la beauté se confondent pour créer une poésie de la suggestion, où le réel est transfiguré.

On peut rapprocher ce poème d’« Le Dormeur du val », dans lequel Rimbaud met également en scène un corps immobile, en apparence paisible, intégré à la nature. Comme Ophélie, le soldat semble dormir au cœur d’un paysage harmonieux, bercé par l’eau, la lumière et le silence. Dans les deux poèmes, la nature joue un rôle d’enveloppe protectrice qui masque d’abord la mort, révélée seulement à la fin dans Le Dormeur du val. Rimbaud interroge ainsi le pouvoir de la poésie à transfigurer la violence et la mort en beauté, tout en créant un décalage entre apparence et réalité.

 

 

Rimbaud, Arthur 

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