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Etude linéaire  l'épisode de la charrette Chrétien de Troyes

Etude linéaire et grammaire, l'épisode de la charrette, Lancelot ou le chevalier de la charrette. Chrétien de Troyes au bac 2027

Le 16/07/2026

Dans Commentaires littéraires et études linéaires, bac 2027

L'épisode de la charrette

 

Écrit à la fin du XIIᵉ siècle, Lancelot ou Le Chevalier de la Charrette est l'un des romans les plus célèbres de Chrétien de Troyes et une œuvre majeure de la littérature médiévale.

Inscrite au programme du baccalauréat de français 2027 dans l'objet d'étude « Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIᵉ siècle », cette œuvre est associée, en voie générale, au parcours « Le roman et l'invention de l'amour » et au parcours " Héroïsme et amour " en voie technologique. Le parcours bac général invite à étudier la manière dont le roman médiéval fait de l'amour une force romanesque, capable de transformer les personnages, de remettre en question les valeurs chevaleresques et d'inventer une nouvelle manière de raconter les relations humaines.

A consulter 

Bac général 

Lancelot ou Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes

Bac technologique 

Lancelot ou Le Chevalier de la Charrette, Chrétien de Troyes

Etudes linéaires et questions de grammaire

 

 

Etude linéaire 

L'épisode de la charrette :  

On se servait à l'époque des charrettes comme on se sert des piloris de nos jours, et dans chaque bonne ville, où l'on en dénombre à présent plus de trois mille, il n'y en avait qu'une seule en ce temps-là. Elle était utilisée, comme le sont aujourd'hui nos piloris, aussi bien pour les traîtres et pour les assassins que pour les vaincus en combat judiciaire, pour les voleurs qui se sont emparés du bien d'autrui par la ruse ou par la force sur les grands chemins. Tout criminel pris sur le fait était placé sur la charrette et traîné par toutes les rues. Dès lors, il devenait un proscrit ; il était désormais privé d'audience à la cour et frustré de marques de reconnaissance et d'amitié. Voilà quel était à l'époque l'usage bien cruel qu'on réservait aux charrettes, et c'est pourquoi on entendit alors pour la première fois ce dicton : « Quand charrette verras et rencontreras, fais sur toi le signe de croix et souviens-toi de Dieu, de peur qu'il ne t'arrive malheur ! »  

Le chevalier, à pied, sans lance, s'avance près de la charrette et aperçoit, juché sur les limons, un nain qui, en bon charretier, tenait une longue baguette à la main. Le chevalier s'adresse à lui :  

— Nain, dit-il, pour Dieu, dis-moi donc si tu as vu passer par ici ma dame la reine.  

Le nain infâme, quelle maudite engeance ! se refusa à lui en donner des nouvelles, mais lui dit :

« Si tu acceptes de monter sur cette charrette que je conduis, alors d'ici demain tu pourras savoir ce que la reine est devenue.  

Sur le coup, le chevalier a continué sa route, sans y monter. Quel malheur pour lui, quel malheur vraiment d'avoir honte d'y sauter aussitôt, car, un jour, il le paiera fort cher ! Mais Raison qui s'oppose à Amour lui dit ne pas y monter. Elle le lui conseille et elle lui recommande de ne rien faire, de ne rien entreprendre qui puisse lui attirer honte et reproche. Ce n'est pas du cœur, mais de la bouche que coulent les paroles que Raison a l'audace de lui tenir. Pourtant, Amour qui est enclos dans son cœur l'invite et l'exhorte à monter immédiatement dans la charrette. Amour le veut, il y saute donc. Peu lui importe la honte, du moment que c'est l'ordre et la volonté d'Amour !

 

 

Le chevalier de la charrette chretien de troyes le roman et l invention de l amour bac general 2027

 

Au XIIᵉ siècle, le roman connaît un essor remarquable dans les cours aristocratiques, où se développe une littérature célébrant les idéaux de la chevalerie et de l'amour courtois. Chrétien de Troyes, considéré comme le maître du roman arthurien, compose ses œuvres en vers octosyllabiques à rimes plates, forme caractéristique du roman médiéval qui allie fluidité du récit et élégance poétique. Dans Le Chevalier de la Charrette, rédigé vers 1180 pour Marie de Champagne, il raconte les aventures de Lancelot, chevalier prêt à sacrifier son honneur pour sauver la reine Guenièvre.

L'épisode de la charrette constitue le moment fondateur du roman : le héros accepte de monter sur un véhicule réservé aux criminels afin de poursuivre celle qu'il aime. Ce choix, qui paraît contraire à tout l'idéal chevaleresque, révèle la naissance d'un héros entièrement soumis aux exigences de l'amour.

Nous pouvons nous demander comment Chrétien transforme un geste apparemment honteux en un acte héroïque et fondateur.

 

Mouvement I

La charrette : un symbole absolu de déshonneur

(de « On se servait à l'époque... » à « ...de peur qu'il ne t'arrive malheur ! »)

Avant même de faire apparaître Lancelot, Chrétien suspend le récit pour proposer une longue explication.

Cette digression possède une fonction essentielle : elle permet au lecteur de mesurer toute la gravité du geste à venir.

Le texte débute par une comparaison :

« On se servait à l'époque des charrettes comme on se sert des piloris de nos jours. »

Cette analogie établit immédiatement un parallèle avec une peine connue du public médiéval. Le narrateur adopte un ton presque didactique : il éclaire les usages anciens afin que le lecteur comprenne la portée symbolique de la charrette. Celle-ci n'est pas un simple moyen de transport ; elle est un instrument d'infamie publique.

L'opposition numérique :

« il n'y en avait qu'une seule » s'oppose à « plus de trois mille » pour les piloris.

Cette hyperbole crée un effet de contraste et souligne l'importance exceptionnelle de cet objet dans la société médiévale. Unique dans chaque ville, la charrette devient le signe visible de la justice et de la honte.

L'énumération qui suit accumule les catégories de condamnés :

« les traîtres », « les assassins », « les vaincus en combat judiciaire », « les voleurs ».

Cette gradation englobe toutes les formes de criminalité. L'absence de hiérarchie montre que tous sont frappés d'une même exclusion.

Le rythme ternaire de la phrase, fondé sur les répétitions de « pour », donne à cette liste une valeur presque juridique. Le narrateur reproduit le langage des coutumes et du droit.

La description de la peine insiste ensuite sur son caractère public : « traîné par toutes les rues. »

Le verbe « traîner » évoque l'humiliation autant que la violence. Il réduit le condamné à un objet exhibé devant tous. La peine n'est pas seulement physique ; elle est sociale.

La conséquence est exprimée par une gradation particulièrement forte :

« proscrit », « privé d'audience », « frustré de marques de reconnaissance et d'amitié ».

L'accumulation montre que le condamné perd progressivement toute existence sociale. Il est rejeté non seulement par la justice, mais aussi par la communauté.

La phrase : « Voilà quel était à l'époque l'usage bien cruel » introduit un jugement explicite du narrateur.

L'adjectif « cruel » rompt avec la neutralité historique précédente. Chrétien invite le lecteur à éprouver de la compassion avant même que Lancelot n'apparaisse.

Enfin, le texte s'achève sur un proverbe :

« Quand charrette verras... »

L'emploi du futur généralisant donne à cette formule la valeur d'une vérité universelle.

Le signe de croix associe la charrette au malheur, presque au mal absolu.

Ainsi, avant même l'entrée en scène du héros, le lecteur comprend que monter sur cette charrette revient à mourir symboliquement aux yeux de la société.

 

Après avoir élevé la charrette au rang de symbole de l'infamie, Chrétien fait entrer Lancelot dans le récit. Le héros est immédiatement confronté au choix décisif qui déterminera tout son destin.

Mouvement II

Le choix impossible : la tentation du déshonneur

(de « Le chevalier, à pied... » à « ...tu pourras savoir ce que la reine est devenue. »)

L'entrée de Lancelot est marquée par une série de notations qui soulignent sa vulnérabilité : « à pied, sans lance ».

Cette double précision rompt avec l'image traditionnelle du chevalier armé. Privé de son cheval et de ses armes, Lancelot apparaît déjà comme un héros dépouillé de ses attributs habituels.

Face à lui surgit un personnage paradoxal : « un nain ».

Dans les romans arthuriens, le nain occupe souvent une fonction ambiguë. Ici, il devient le gardien de l'épreuve.

Le narrateur le qualifie immédiatement : « Le nain infâme, quelle maudite engeance ! »

Cette exclamation traduit un jugement moral très violent. L'expression péjorative « maudite engeance » accentue le mépris que suscite ce personnage. Pourtant, c'est précisément lui qui détient le pouvoir sur le héros : le renversement des hiérarchies est déjà en marche.

Lancelot s'adresse néanmoins à lui avec une grande courtoisie : « Pour Dieu... »

L'invocation religieuse et l'interrogation respectueuse montrent que son amour l'amène à dépasser les conventions sociales. Peu lui importe la condition de son interlocuteur : seule compte la quête de la reine.

Le nain formule alors une proposition qui prend la forme d'un véritable marché : « Si tu acceptes... alors... »

La structure hypothétique transforme la scène en épreuve initiatique. L'accès au savoir — « tu pourras savoir ce que la reine est devenue » — dépend d'un sacrifice préalable.

Ainsi, Chrétien met en place une logique profondément symbolique : pour retrouver Guenièvre, Lancelot doit d'abord renoncer à son honneur.

 

Le véritable combat ne se déroule donc pas contre un adversaire extérieur, mais à l'intérieur même du héros.

Mouvement III

Le combat intérieur : la victoire d'Amour sur Raison

(de « Sur le coup... » jusqu'à la fin)

La première réaction de Lancelot est l'hésitation : « Sur le coup, le chevalier a continué sa route. »

La simplicité de cette phrase contraste avec l'intensité dramatique de la scène. L'hésitation dure à peine un instant, mais elle aura des conséquences considérables.

Le narrateur intervient aussitôt : « Quel malheur pour lui ! Quel malheur vraiment ! »

Cette double exclamation constitue une prolepse. Chrétien annonce que ce bref moment de faiblesse sera lourd de conséquences. Cette intervention crée un effet d'attente : le lecteur comprend que cette faute reviendra plus tard dans le récit.

Le texte bascule alors dans l'allégorie. « Raison » et « Amour » qui deviennent de véritables personnages.

Ce procédé, très fréquent dans la littérature médiévale, permet de rendre visible le conflit intérieur.

La personnification de Raison est particulièrement révélatrice :

« Raison... lui dit... elle le conseille... elle lui recommande... »

La multiplication des verbes de parole traduit un discours argumenté, réfléchi.

Le vocabulaire de l'honneur domine :

  • « honte »
  • « reproche »

Raison représente les valeurs de la chevalerie et de la société féodale.

Mais Chrétien introduit une nuance décisive : « Ce n'est pas du cœur, mais de la bouche... »

Cette antithèse oppose deux lieux symboliques.

La bouche représente le discours rationnel, extérieur, conventionnel.

Le cœur incarne la vérité profonde de l'être.

Ainsi, la Raison apparaît finalement comme une autorité superficielle, incapable d'atteindre l'essence du héros.

À l'inverse,

« Amour qui est enclos dans son cœur » est présenté comme une force intérieure.

Le verbe « enclos » suggère une présence intime, permanente, presque sacrée. Amour ne raisonne pas ; il commande.

La gradation :

  • « l'invite »
  • « l'exhorte »

montre que son autorité devient de plus en plus pressante.

La phrase décisive :

« Amour le veut, il y saute donc. » frappe par sa brièveté.

La juxtaposition des propositions traduit l'immédiateté de l'action.

Le connecteur « donc » montre que le geste découle naturellement de la volonté d'Amour.

La dernière phrase résume tout l'idéal courtois :

« Peu lui importe la honte, du moment que c'est l'ordre et la volonté d'Amour ! »

La proposition concessive souligne le renversement complet des valeurs. La honte sociale ne compte plus. La seule loi désormais reconnue est celle de l'amour.

Ce renversement constitue le cœur du roman : Lancelot devient le parfait chevalier précisément au moment où il accepte d'être considéré comme le plus déshonoré des hommes.

À travers cet épisode fondateur, Chrétien de Troyes transforme une humiliation publique en acte héroïque. La longue présentation de la charrette donne toute sa portée au sacrifice de Lancelot, tandis que l'allégorie de Raison et d'Amour met en scène un véritable combat intérieur. En choisissant d'obéir à Amour plutôt qu'aux règles de l'honneur chevaleresque, le héros inaugure une nouvelle forme d'héroïsme : sa grandeur ne réside plus dans la conquête de la gloire, mais dans l'acceptation volontaire du déshonneur par fidélité à la dame aimée. La charrette devient ainsi le symbole paradoxal d'une élévation morale obtenue par l'abaissement social.

Cet épisode peut être rapproché de la scène du renoncement de la Princesse de Clèves dans le roman de Madame de La Fayette. Dans les deux œuvres, l'amour impose un choix qui contredit les valeurs sociales dominantes : Lancelot accepte la honte pour rester fidèle à Guenièvre, tandis que la Princesse renonce au bonheur amoureux pour demeurer fidèle à son idéal moral. Ces deux personnages illustrent, chacun à leur manière, la puissance d'une exigence intérieure supérieure aux normes de leur époque.

 

 

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Questions de grammaire

*** Passage 

On se servait à l'époque des charrettes comme on se sert des piloris de nos jours, et dans chaque bonne ville, où l'on en dénombre à présent plus de trois mille, il n'y en avait qu'une seule en ce temps-là. Elle était utilisée, comme le sont aujourd'hui nos piloris, aussi bien pour les traîtres et pour les assassins que pour les vaincus en combat judiciaire, pour les voleurs qui se sont emparés du bien d'autrui par la ruse ou par la force sur les grands chemins. Tout criminel pris sur le fait était placé sur la charrette et traîné par toutes les rues. Dès lors, il devenait un proscrit ; il était désormais privé d'audience à la cour et frustré de marques de reconnaissance et d'amitié. Voilà quel était à l'époque l'usage bien cruel qu'on réservait aux charrettes, et c'est pourquoi on entendit alors pour la première fois ce dicton : « Quand charrette verras et rencontreras, fais sur toi le signe de croix et souviens-toi de Dieu, de peur qu'il ne t'arrive malheur ! »  

Question 1 : Analyse des temps verbaux

Énoncé : Observez la phrase suivante : « On se servait à l'époque des charrettes comme on se sert des piloris de nos jours. »

Identifiez le temps et le mode du verbe « se servait » et expliquez sa valeur dans ce contexte.

Identifiez le temps et le mode du verbe « se sert » et expliquez la nuance qu'il apporte par rapport au premier.

Correction :

« Se servait » est à l'imparfait de l'indicatif. Il est utilisé ici pour décrire une habitude ou une pratique courante dans le passé (valeur d'imparfait d'habitude).

« Se sert » est au présent de l'indicatif. Il marque une vérité générale, une pratique actuelle qui contraste avec l'époque décrite précédemment. L'opposition entre l'imparfait et le présent permet d'établir une comparaison historique entre les coutumes d'autrefois et celles d'aujourd'hui.

Question 2 : Nature et fonction grammaticale

Énoncé : Observez la phrase suivante : « Dès lors, il devenait un proscrit ; il était désormais privé d'audience à la cour et frustré de marques de reconnaissance et d'amitié. »

Quelle est la nature grammaticale des mots « privé » et « frustré » ?

Quelle est leur fonction par rapport au sujet « il » ?

Correction :

Nature : Ce sont des adjectifs qualificatifs (employés ici en tant qu'attributs du sujet).

Fonction : Ils sont attributs du sujet « il ». Ils apportent une précision sur l'état du sujet après l'action de traîner sur la charrette. Notez qu'ils sont introduits par le verbe d'état « était » (forme passive du verbe « être » ou construction d'état, selon l'analyse).

Question 3  : Analyse des propositions

Énoncé : Observez la phrase suivante : « ...dans chaque bonne ville, où l'on en dénombre à présent plus de trois mille, il n'y en avait qu'une seule en ce temps-là. »

Identifiez la proposition subordonnée contenue dans cette phrase.

Quelle est sa nature exacte et quelle est sa fonction ?

Correction

Identification : La proposition subordonnée est : « où l'on en dénombre à présent plus de trois mille ».

Nature et fonction :

Nature : Il s'agit d'une proposition subordonnée relative. Elle est introduite par le pronom relatif « où » (qui a ici une valeur de complément circonstanciel de lieu).

Fonction : Elle est épithète (ou complément de l'antécédent) du nom « ville ». Elle apporte une précision supplémentaire sur le lieu évoqué.

 

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