Bac technologique 2027
Le parcours " Anatomie des passions ", Thérèse Raquin, Zola
Etudes linéaires et questions de grammaire
Thérèse Raquin, les commentaires littéraires
Lecture du texte
Thérèse Raquin, Zola
*** Extrait du chapitre 2 : commentaire linéaire
"Elle traitait toujours son fils en moribond ; elle tremblait lorsqu’elle venait à songer qu’elle mourrait un jour et qu’elle le laisserait seul et souffrant. Alors elle comptait sur Thérèse, elle se disait que la jeune fille serait une garde vigilante auprès de Camille. Sa nièce, avec ses airs tranquilles, ses dévouements muets, lui inspirait une confiance sans bornes. Elle l’avait vue à l’œuvre, elle voulait la donner à son fils comme un ange gardien. Ce mariage était un dénouement prévu, arrêté. Les enfants savaient depuis longtemps qu’ils devaient s’épouser un jour. Ils avaient grandi dans cette pensée qui leur était devenue ainsi familière et naturelle. On parlait de cette union, dans la famille, comme d’une chose nécessaire, fatale. Madame Raquin avait dit : « Nous attendrons que Thérèse ait vingt et un ans. » Et ils attendaient patiemment, sans fièvre, sans rougeur. Camille, dont la maladie avait appauvri le sang, ignorait les âpres désirs de l’adolescence. Il était resté petit garçon devant sa cousine, il l’embrassait comme il embrassait sa mère, par habitude, sans rien perdre de sa tranquillité égoïste. Il voyait en elle une camarade complaisante qui l’empêchait de trop s’ennuyer, et qui, à l’occasion, lui faisait de la tisane. Quand il jouait avec elle, qu’il la tenait dans ses bras, il croyait tenir un garçon ; sa chair n’avait pas un frémissement. Et jamais il ne lui était venu la pensée, en ces moments, de baiser les lèvres chaudes de Thérèse, qui se débattait en riant d’un rire nerveux. La jeune fille, elle aussi, semblait rester froide et indifférente. Elle arrêtait parfois ses grands yeux sur Camille et le regardait pendant plusieurs minutes avec une fixité d’un calme souverain. Ses lèvres seules avaient alors de petits mouvements imperceptibles. On ne pouvait rien lire sur ce visage fermé qu’une volonté implacable tenait toujours doux et attentif. Quand on parlait de son mariage, Thérèse devenait grave, se contentait d’approuver de la tête tout ce que disait madame Raquin. Camille s’endormait. Le soir, en été, les deux jeunes gens se sauvaient au bord de l’eau. Camille s’irritait des soins incessants de sa mère ; il avait des révoltes, il voulait courir, se rendre malade, échapper aux câlineries qui lui donnaient des nausées. Alors il entraînait Thérèse, il la provoquait à lutter, à se vautrer sur l’herbe. Un jour, il poussa sa cousine et la fit tomber ; la jeune fille se releva d’un bond, avec une sauvagerie de bête, et, la face ardente, les yeux rouges, elle se précipita sur lui, les deux bras levés. Camille se laissa glisser à terre. Il avait peur. Les mois, les années s’écoulèrent. Le jour fixé pour le mariage arriva. Madame Raquin prit Thérèse à part, lui parla de son père et de sa mère, lui conta l’histoire de sa naissance. La jeune fille écouta sa tante, puis l’embrassa sans répondre un mot. Le soir, Thérèse, au lieu d’entrer dans sa chambre, qui était à gauche de l’escalier, entra dans celle de son cousin, qui était à droite."

Publié en 1867, Thérèse Raquin est le premier grand roman naturaliste d'Émile Zola. Inspiré d'un fait divers, il constitue un véritable laboratoire où l'écrivain cherche à observer les comportements humains avec la rigueur d'un scientifique. Dans la préface de la seconde édition, Zola affirme qu'il a voulu « étudier des tempéraments et non des caractères », faisant des passions un objet d'analyse plutôt qu'un sujet de condamnation morale.
Le chapitre II présente l'enfance de Thérèse et de Camille, élevée sous l'autorité de Madame Raquin. Loin d'être un simple récit des origines, cet épisode montre comment les personnages sont enfermés dès leur jeunesse dans un destin déjà tracé. Le mariage apparaît comme une évidence imposée, tandis que les premières manifestations des passions révèlent déjà les tensions qui conduiront au drame.
Nous pouvons alors nous demander comment Zola fait de cette scène familiale une véritable étude scientifique des passions humaines.
Le passage peut être divisé en trois mouvements :
- une union imposée présentée comme une fatalité (du début à « sans rougeur ») ;
- l'opposition entre l'apathie de Camille et les passions contenues de Thérèse (de « Camille, dont la maladie... » à « tout ce que disait Madame Raquin ») ;
- l'éveil brutal des instincts et l'accomplissement du destin (de « Camille s'endormait » à la fin).
Une union décidée par les adultes : le déterminisme familial
« Elle traitait toujours son fils en moribond ; elle tremblait lorsqu'elle venait à songer qu'elle mourrait un jour... »
Dès la première phrase, Zola met en évidence l'attitude excessive de Madame Raquin. Le verbe « traitait » montre qu'elle construit elle-même l'image d'un enfant malade. Le terme « moribond » est particulièrement fort : Camille est présenté comme un être presque condamné alors qu'il est vivant.
Cette hyperbole révèle immédiatement l'amour possessif de Madame Raquin.
Le champ lexical de la maladie domine tout le début du passage :
- « moribond »
- « souffrant »
- « garde »
- « ange gardien »
Camille apparaît moins comme un futur époux que comme un malade nécessitant une surveillance permanente.
Le mariage est donc présenté non comme une union amoureuse mais comme une solution pratique.
« Alors elle comptait sur Thérèse... »
Le verbe « compter » montre que Thérèse devient un instrument destiné à assurer le bonheur de Camille.
Madame Raquin ne demande jamais l'avis de sa nièce.
La jeune fille est réduite à une fonction.
Cette idée est renforcée par l'expression :
« une garde vigilante ».
Le vocabulaire est presque médical.
Thérèse est assimilée à une infirmière.
Cette déshumanisation annonce déjà le déterminisme social cher au naturalisme : chacun occupe une place définie avant même d'avoir choisi sa vie.
« comme un ange gardien »
Cette métaphore religieuse idéalise Thérèse.
Madame Raquin voit en elle un être entièrement dévoué.
Mais cette image est profondément ironique.
Le lecteur sait déjà que Thérèse deviendra une meurtrière.
L'« ange gardien » annoncé par Madame Raquin se transformera progressivement en femme dominée par une passion destructrice.
Zola joue ici sur le décalage entre la naïveté du personnage et le savoir du lecteur.
« Ce mariage était un dénouement prévu, arrêté. »
Cette phrase est capitale.
Les deux participes passés :
expriment l'absence totale de liberté.
Le mariage est décidé depuis longtemps.
Tout semble déjà écrit.
On retrouve ici l'un des fondements du naturalisme : l'individu n'est pas entièrement maître de son destin.
« Ils avaient grandi dans cette pensée... »
L'imparfait souligne une habitude.
Depuis l'enfance, cette idée leur est imposée.
Le narrateur montre ainsi comment une éducation façonne progressivement les comportements.
Le mariage cesse d'être un choix.
Il devient une évidence.
« une chose nécessaire, fatale »
Ces deux adjectifs résument toute la philosophie du passage.
« nécessaire » renvoie à une logique sociale.
« fatale » introduit déjà la dimension tragique.
Le lecteur comprend que cette union conduira inévitablement au malheur.
Le destin est inscrit dès l'origine du récit.
« Ils attendaient patiemment, sans fièvre, sans rougeur. »
Cette chute du premier mouvement est remarquable.
Les deux négations :
- « sans fièvre »
- « sans rougeur »
effacent totalement l'amour.
Habituellement, le mariage s'accompagne d'émotions.
Ici, rien.
Le vocabulaire amoureux est remplacé par une froideur presque clinique.
Zola déconstruit le modèle traditionnel du mariage romantique.
Cette absence de passion prépare paradoxalement l'explosion future du désir entre Thérèse et Laurent.
Bilan du premier mouvement
Dans cette première partie, Zola présente le mariage comme une décision familiale davantage que comme une rencontre amoureuse. Les personnages semblent enfermés dans un destin fixé à l'avance par Madame Raquin et par leur milieu. Ce déterminisme social et familial constitue déjà un principe essentiel du naturalisme. Derrière l'apparente tranquillité du foyer se dessine une véritable tragédie, car cette union imposée étouffe les désirs de Thérèse et prépare l'explosion des passions qui constitue le cœur du roman.
L'opposition entre l'apathie de Camille et la passion contenue de Thérèse
(de « Camille, dont la maladie avait appauvri le sang… » à « …tout ce que disait madame Raquin. »)
Un être vidé de toute énergie vitale
« Camille, dont la maladie avait appauvri le sang, ignorait les âpres désirs de l’adolescence. »
Dès l'ouverture du mouvement, Zola rappelle la maladie de Camille afin d'expliquer scientifiquement son comportement. Le complément circonstanciel « dont la maladie avait appauvri le sang » relève du vocabulaire médical. Le verbe « appauvrir » suggère une diminution des forces vitales, comme si le corps lui-même était incapable de produire le désir.
Le groupe nominal « les âpres désirs de l'adolescence » renvoie pourtant à ce qui constitue normalement cette période de la vie : l'éveil de la sexualité, des émotions et de l'attirance. L'adjectif « âpres » évoque une force brutale, presque sauvage, qui caractérise l'entrée dans l'âge adulte.
En opposant ces deux éléments, Zola applique la méthode naturaliste : il explique les comportements humains par des causes physiologiques. Camille ne choisit pas d'être froid ; son organisme semble incapable d'éprouver les passions.
Le romancier illustre ici ce qu'il écrira dans la préface de la seconde édition :
« J'ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. »
Autrement dit, le comportement des personnages dépend d'abord de leur constitution physique.
Un éternel enfant incapable d'aimer
« Il était resté petit garçon devant sa cousine. »
Cette métaphore de l'enfance résume toute la personnalité de Camille.
Malgré son âge, il demeure psychologiquement immature.
Le verbe « rester » souligne l'absence d'évolution.
Alors que le récit avance vers le mariage, Camille demeure figé dans son enfance.
Le lecteur comprend que cette union ne peut devenir un véritable couple.
« Il l'embrassait comme il embrassait sa mère. »
La comparaison est particulièrement révélatrice.
Le geste amoureux disparaît totalement.
Le verbe « embrasser » perd toute dimension sensuelle.
Thérèse n'est pas perçue comme une femme mais comme un membre de la famille.
Cette confusion des rôles souligne l'impossibilité de toute relation conjugale.
Le mariage est vidé de sa dimension affective.
« par habitude »
Cette courte expression possède une valeur essentielle.
L'habitude remplace le sentiment.
Tout est mécanique.
Les gestes sont accomplis sans réflexion ni émotion.
Le naturalisme montre ici comment le milieu et les habitudes gouvernent progressivement les individus.
« sa tranquillité égoïste »
Cette association de deux mots est particulièrement intéressante.
Le nom « tranquillité » évoque le calme.
Mais l'adjectif « égoïste » vient immédiatement corriger cette impression.
Le calme de Camille n'est pas une qualité morale.
Il ne pense simplement qu'à lui.
Cette caractérisation annonce que Camille restera incapable de comprendre les souffrances de Thérèse.
Une femme réduite au rôle de servante
« Il voyait en elle une camarade complaisante. »
Le nom « camarade » efface toute différence entre les sexes.
Le regard de Camille est incapable de reconnaître la féminité de Thérèse.
L'adjectif « complaisante » montre qu'il considère comme naturel qu'elle se mette à son service.
Le rapport est profondément déséquilibré.
« qui, à l'occasion, lui faisait de la tisane. »
Cette précision, apparemment anodine, possède une forte valeur symbolique.
La tisane appartient au champ lexical du soin.
Thérèse devient une aide-soignante.
Le mariage est réduit à une relation d'assistance.
Cette image rappelle celle de « l'ange gardien » évoquée au début du texte.
Une négation absolue du désir
« Quand il jouait avec elle, qu'il la tenait dans ses bras, il croyait tenir un garçon. »
La comparaison est particulièrement violente.
Camille ne perçoit même pas le corps féminin de Thérèse.
Le verbe « croire » montre que son regard est faussé.
Le lecteur comprend que Camille est incapable de reconnaître le désir.
« sa chair n'avait pas un frémissement. »
Cette expression appartient au vocabulaire physiologique.
Le mot « chair » désigne le corps dans sa dimension la plus matérielle.
Le nom « frémissement » évoque le premier mouvement du désir.
La négation absolue (« pas un ») insiste sur l'absence totale de réaction physique.
Encore une fois, Zola explique psychologiquement les sentiments par les réactions du corps.
« jamais il ne lui était venu la pensée de baiser les lèvres chaudes de Thérèse »
Cette phrase est essentielle.
Pour la première fois apparaît un vocabulaire explicitement sensuel.
Les « lèvres chaudes » constituent une métonymie du désir.
L'adjectif « chaudes » traduit une sensualité que Camille demeure incapable de percevoir.
Le contraste entre cette chaleur et sa froideur est saisissant.
Le lecteur comprend que le véritable problème du couple réside dans cette incompatibilité profonde des tempéraments.
Le portrait énigmatique de Thérèse
Après avoir analysé Camille, Zola déplace son regard vers Thérèse.
« La jeune fille, elle aussi, semblait rester froide et indifférente. »
Le verbe « semblait » est capital.
Le narrateur introduit immédiatement un doute.
La froideur de Thérèse n'est peut-être qu'une apparence.
Contrairement à Camille, elle cache ses émotions.
« Elle arrêtait parfois ses grands yeux sur Camille. »
Les « grands yeux » constituent un motif récurrent chez Zola.
Ils expriment une intensité intérieure.
Le regard devient ici un moyen de révéler ce que le personnage refuse de dire.
« avec une fixité d'un calme souverain »
L'oxymore implicite entre la violence intérieure pressentie et ce « calme souverain » crée un profond malaise.
Le calme n'est plus naturel.
Il ressemble à une maîtrise de soi presque inquiétante.
« Ses lèvres seules avaient alors de petits mouvements imperceptibles. »
Le contraste entre l'immobilité du visage et le mouvement discret des lèvres montre que quelque chose cherche à s'exprimer.
Les émotions sont contenues.
Elles existent mais restent enfermées.
Le corps devient le lieu où se lit l'inconscient.
Cette observation extrêmement précise rappelle la démarche d'un médecin examinant les symptômes d'une maladie.
Une passion enfermée
« On ne pouvait rien lire sur ce visage fermé. »
Le narrateur insiste sur l'opacité de Thérèse.
Le visage est comparé à une surface impénétrable.
Personne ne peut accéder à son monde intérieur.
« une volonté implacable tenait toujours doux et attentif »
Cette personnification de la volonté est remarquable.
La volonté devient une force autonome.
Elle maîtrise les instincts.
L'adjectif « implacable » suggère un effort permanent.
Toute l'énergie de Thérèse consiste à empêcher ses passions d'apparaître.
« Quand on parlait de son mariage, Thérèse devenait grave. »
L'adjectif « grave » traduit enfin une émotion visible.
Le mariage n'est pas vécu comme un bonheur.
Il représente une contrainte.
« se contentait d'approuver de la tête »
Cette attitude silencieuse montre sa soumission.
Elle ne proteste jamais.
Mais elle n'exprime jamais non plus le moindre enthousiasme.
Son silence devient plus éloquent que les paroles.
Bilan du deuxième mouvement
Dans ce deuxième mouvement, Zola construit une opposition fondamentale entre les deux futurs époux. Camille apparaît comme un être affaibli, incapable d'aimer ou de désirer, tandis que Thérèse cache sous une apparente froideur une énergie considérable que seule une volonté exceptionnelle parvient encore à contenir. Grâce à un vocabulaire médical, à de nombreuses notations physiologiques et à une observation minutieuse des gestes et des regards, le romancier transforme cette scène familiale en véritable expérience scientifique. Cette étude des corps et des instincts annonce déjà le drame à venir : la passion n'a pas encore éclaté, mais elle est déjà présente, enfermée dans le corps de Thérèse, prête à surgir au moindre choc. C'est tout le sens du parcours « Anatomie des passions » : Zola montre comment les désirs naissent, se répriment et finissent par submerger les individus.
L'éveil de la passion et l'accomplissement d'un destin tragique
(de « Camille s'endormait » à la fin)
Une nature que rien ne peut contenir
« Camille s'endormait. »
Cette phrase très brève constitue une véritable rupture dans le récit.
Par sa brièveté, elle marque une transition entre deux univers : celui de la maison, dominé par la passivité, et celui de la nature, où les instincts vont pouvoir s'exprimer.
Le sommeil de Camille possède également une valeur symbolique.
Il traduit son incapacité à vivre pleinement. Alors que Thérèse est traversée par une énergie intérieure, Camille s'abandonne à l'inertie.
Cette opposition résume toute la différence entre les deux personnages.
« Le soir, en été, les deux jeunes gens se sauvaient au bord de l'eau. »
Le complément circonstanciel « le soir » crée une atmosphère plus libre.
La précision « en été » évoque la chaleur, saison traditionnellement associée à l'éveil des désirs.
Le verbe « se sauvaient » est particulièrement significatif.
Il suggère une fuite hors du contrôle maternel.
L'espace naturel s'oppose ici à l'univers clos de la maison.
La nature devient le lieu où les instincts peuvent enfin s'exprimer.
Cette opposition entre l'espace fermé et l'espace ouvert est caractéristique du roman naturaliste : le milieu agit directement sur le comportement des personnages.
Une critique de l'éducation étouffante
« Camille s'irritait des soins incessants de sa mère. »
Le verbe « s'irritait » montre que même Camille commence à supporter difficilement la protection maternelle.
Le groupe nominal « soins incessants » rappelle l'obsession de Madame Raquin pour la santé de son fils.
L'adjectif « incessants » souligne l'excès.
Cette surprotection apparaît désormais comme une véritable prison.
« il voulait courir, se rendre malade, échapper aux câlineries »
Cette énumération traduit une explosion de liberté.
Les infinitifs d'action (« courir », « se rendre malade », « échapper ») montrent un désir d'émancipation.
Le paradoxe est frappant : Camille souhaite même « se rendre malade » afin de retrouver une existence normale.
Les « câlineries », qui devraient être des marques d'affection, deviennent insupportables.
Le verbe « échapper » appartient au champ lexical de la fuite.
Toute la famille semble enfermée dans une relation devenue étouffante.
L'explosion brutale des instincts
« Alors il entraînait Thérèse. »
Le verbe « entraîner » possède un double sens.
Il désigne à la fois un mouvement physique et une forme de domination.
Sans le vouloir, Camille provoque chez Thérèse le réveil d'une énergie longtemps contenue.
« il la provoquait à lutter, à se vautrer sur l'herbe. »
L'énumération des infinitifs souligne le retour à une gestuelle primitive.
Le verbe « lutter » annonce déjà le combat futur entre les passions.
Le verbe « se vautrer » est particulièrement révélateur.
Habituellement employé pour les animaux, il rapproche les personnages d'un comportement instinctif.
Cette animalisation est un procédé essentiel du naturalisme.
Chez Zola, les êtres humains demeurent soumis à leurs instincts les plus profonds.
La métamorphose de Thérèse
« Un jour, il poussa sa cousine et la fit tomber. »
L'expression « un jour » introduit un événement décisif.
La chute agit comme un déclencheur.
Le lecteur comprend que quelque chose va enfin surgir.
« la jeune fille se releva d'un bond »
Cette expression traduit une réaction immédiate.
Le groupe prépositionnel « d'un bond » évoque un mouvement extrêmement rapide.
L'énergie longtemps contenue éclate soudainement.
Le rythme de la phrase s'accélère.
Le narrateur donne l'impression d'assister à une expérience scientifique où un stimulus provoque instantanément une réaction.
« avec une sauvagerie de bête »
Cette comparaison constitue l'un des passages les plus célèbres de l'extrait.
Le mot « sauvagerie » appartient au champ lexical de l'instinct.
La comparaison « de bête » animalise totalement Thérèse.
Cette image est fondamentale dans le projet naturaliste.
Pour Zola, les passions ramènent l'être humain vers son animalité.
Le personnage n'agit plus selon la raison mais selon ses instincts.
Cette comparaison annonce déjà la préface de la seconde édition, où Zola explique vouloir montrer « les ravages des passions ».
« la face ardente, les yeux rouges »
Cette double description appartient au vocabulaire physiologique.
L'adjectif « ardente » évoque le feu.
Les « yeux rouges » traduisent une modification visible du corps sous l'effet de l'émotion.
Le corps révèle ici ce que l'esprit ne peut plus contrôler.
Chez Zola, les passions deviennent des phénomènes presque biologiques.
« elle se précipita sur lui »
Le verbe « se précipiter » traduit une impulsion irrépressible.
Il n'y a aucune réflexion.
L'action est immédiate.
Le lecteur découvre enfin la véritable personnalité de Thérèse.
Sous son apparente douceur se cache une force violente.
« les deux bras levés »
Cette posture évoque presque une scène de combat.
Le geste paraît instinctif.
Il traduit un désir d'attaque.
Le lecteur assiste à la naissance symbolique de la femme passionnée qui dominera la suite du roman.
La peur inverse les rapports de force
« Camille se laissa glisser à terre. »
Le verbe pronominal montre une attitude passive.
Là où Thérèse bondit, Camille s'effondre.
Le contraste est saisissant.
« Il avait peur. »
Cette phrase très courte produit un effet de chute.
Le lecteur découvre que Camille, pourtant présenté comme le futur mari, est dominé physiquement par Thérèse.
Les rôles s'inversent complètement.
Cette peur annonce déjà l'incapacité de Camille à maîtriser les événements futurs.
Une fatalité qui s'accomplit
« Les mois, les années s'écoulèrent. »
Cette formule accélère brutalement le temps.
L'ellipse narrative montre que rien ne vient modifier le destin des personnages.
Le mariage apparaît comme inévitable.
« Le jour fixé pour le mariage arriva. »
Le participe passé « fixé » rappelle le déterminisme développé au début du texte.
Rien n'a changé.
Le destin suit son cours.
Le mariage n'est pas choisi : il est exécuté.
« Thérèse écouta sa tante, puis l'embrassa sans répondre un mot. »
Le silence de Thérèse est particulièrement significatif.
Le verbe « écouter » traduit une obéissance apparente.
Mais l'absence totale de parole montre que son consentement n'est jamais véritablement exprimé.
Le silence devient ici le signe d'une soumission forcée.
Une fin d'une extraordinaire sobriété
« Le soir, Thérèse, au lieu d'entrer dans sa chambre (...), entra dans celle de son cousin. »
Cette dernière phrase est remarquable par sa sobriété.
Zola ne décrit ni cérémonie, ni émotion, ni nuit de noces.
Il se contente d'un simple déplacement.
Le parallélisme « à gauche... à droite » souligne le passage d'un état à un autre.
Ce mouvement physique symbolise le basculement irréversible de l'existence de Thérèse.
La froideur de cette conclusion est profondément ironique.
Le mariage, traditionnellement associé au bonheur, apparaît ici comme une simple étape mécanique d'un destin déjà écrit.
Cette absence d'émotion prépare le lecteur à comprendre que cette union ne pourra jamais satisfaire les besoins affectifs et charnels de Thérèse.
Bilan du troisième mouvement
Dans ce dernier mouvement, Zola révèle enfin la véritable nature de Thérèse. Sous l'apparence d'une jeune fille calme se cache une énergie instinctive qui éclate brutalement au contact de la nature. Grâce à une écriture fondée sur les notations physiologiques, l'animalisation et le vocabulaire du corps, le romancier montre que les passions sont déjà présentes avant même le mariage. Cependant, cette violence est immédiatement réprimée par le retour au déterminisme familial : le mariage a lieu malgré tout. Ce dénouement provisoire est profondément ironique, car le lecteur comprend que les instincts de Thérèse, désormais révélés, finiront nécessairement par détruire l'ordre imposé. L'extrait constitue ainsi une parfaite illustration du parcours « Anatomie des passions » : Zola observe la naissance, la répression et les premiers débordements d'une passion qui conduira inéluctablement au drame.
À travers cet épisode consacré à l'enfance et au mariage de Thérèse et de Camille, Zola met en place tous les éléments qui conduiront au drame. Loin de raconter une simple union familiale, il montre comment un destin se construit sous l'effet du déterminisme social, de l'hérédité et du milieu. L'étude minutieuse des corps, des gestes, des regards et des réactions physiologiques transforme les personnages en véritables objets d'observation scientifique. D'un côté, Camille apparaît comme un être maladif, incapable d'éprouver le désir ; de l'autre, Thérèse dissimule sous une apparente docilité une énergie instinctive qui ne demande qu'à éclater. En faisant progressivement surgir cette violence intérieure, Zola réalise une véritable « anatomie des passions » : il analyse leur naissance, leur répression et leurs premiers débordements. Cet extrait constitue ainsi une étape essentielle du roman, puisqu'il annonce déjà le conflit entre les forces de la nature et les contraintes imposées par la société, conflit qui conduira inéluctablement au meurtre, puis à la destruction des deux amants.
Cette analyse des passions comme forces irrésistibles annonce les grands romans naturalistes de Zola, notamment La Bête humaine, où les personnages sont eux aussi dominés par leurs instincts et leur hérédité. Plus largement, elle s'inscrit dans une tradition littéraire qui remonte aux tragédies classiques, comme Phèdre de Racine : dans les deux œuvres, une passion impossible, longtemps contenue, finit par submerger les personnages et les conduit à leur perte. Toutefois, chez Zola, cette fatalité n'est plus attribuée aux dieux ou au destin tragique, mais aux lois de la nature, du corps et du déterminisme, conformément au projet naturaliste.

Questions de grammaire
Question 1 : Les propositions
Consigne : Soit la phrase suivante : « elle tremblait lorsqu’elle venait à songer qu’elle mourrait un jour et qu’elle le laisserait seul et souffrant. » Analysez la nature et la fonction des différentes propositions qui composent cette phrase.
Corrigé de la question 1
- Cette phrase est une phrase complexe qui s'organise autour d'une proposition principale et de plusieurs propositions subordonnées enchâssées.
- « elle tremblait » :
- Nature : Proposition principale.
- « lorsqu’elle venait à songer [...] souffrant » :
- Nature : Proposition subordonnée conjonctive. Elle est introduite par la conjonction de subordination « lorsque ».
- Fonction : Complément circonstanciel de temps du verbe « tremblait ».
- « qu’elle mourrait un jour » et « qu’elle le laisserait seul et souffrant » :
- Nature : Ce sont deux propositions subordonnées conjonctives complétives. Elles sont introduites par la conjonction de subordination « que » (le second « que » est précédé de la conjonction de coordination « et » qui unit ces deux propositions de même nature et de même fonction).
- Fonction : Compléments d'objet direct (COD) du verbe « songer » (ou plus précisément de la locution verbale « venait à songer »).
Question 2 : La négation
- Consigne : Soit la phrase suivante : « sans rien perdre de sa tranquillité égoïste. »
- Identifiez la nature de la négation dans ce segment.
- Transformez ce segment de manière à exprimer une négation totale (ou absolue) en utilisant un adverbe de négation classique, tout en adaptant la structure syntaxique si nécessaire.
Corrigé de la question 2
Analyse de la négation :
Il s'agit d'une négation partielle. Elle est portée par le pronom indéfini négatif « rien », associé à la préposition « sans » qui porte elle-même un sens privatif/négatif. La négation ne nie pas l'existence complète de l'action de perdre, mais restreint l'objet perdu à "aucune chose".
Transformation en négation totale :
- Pour passer à une négation totale, il faut utiliser les adverbes de négation classiques (ne... pas). Comme le verbe est ici à l'infinitif (« perdre »), les deux éléments de la négation s'encadrent devant lui.
- Proposition de réécriture : « pour ne pas perdre sa tranquillité égoïste. » (On remplace la préposition « sans » par « pour » ou « de façon à » afin de conserver la cohérence syntaxique et le sens global de la phrase).