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Thérèse Raquin, étude linéaire, grammaire Ch. 11. Zola

Thérèse Raquin, chapitre 11 : étude linéaire et questions de grammaire – Le meurtre de Camille | Bac français 2027

Le 11/07/2026

Dans Commentaires littéraires et études linéaires, bac 2027

Le meurtre de Camille

 

Bac technologique 2027

Le parcours " Anatomie des passions ", Thérèse Raquin, Zola

Etudes linéaires et questions de grammaire 

Thérèse Raquin, les commentaires littéraires

 

 

 

 

Thérèse Raquin, extrait du chapitre 11, Zola

*** Séquence roman, un roman naturaliste

Lecture du passage

La barque allait s'engager dans un petit bras, sombre et étroit, s'enfonçant entre deux îles. On entendait, derrière l'une des îles, les chants adoucis d'une équipe de canotiers qui devaient remonter la Seine. Au loin, en amont, la rivière était libre. Alors Laurent se leva et prit Camille à bras-le-corps. Le commis éclata de rire. - Ah ! Non, tu me chatouilles, dit-il, pas de ces plaisanteries-là... Voyons, finis : tu vas me faire tomber. Laurent serra plus fort, donna une secousse. Camille se tourna et vit la figure effrayante de son ami, toute convulsionnée. Il ne comprit pas ; une épouvante vague le saisit. Il voulut crier, et sentit une main rude qui le serrait à la gorge. Avec l'instinct d'une bête qui se défend, il se dressa sur les genoux, se cramponnant au bord de la barque. Il lutta ainsi pendant quelques secondes. - Thérèse ! Thérèse ! Appela-t-il d'une voix étouffée et sifflante. La jeune femme regardait, se tenant des deux mains à un banc du canot qui craquait et dansait sur la rivière. Elle ne pouvait fermer les yeux : une effrayante contraction les tenait grands ouverts, fixés sur le spectacle horrible de la lutte. Elle était rigide, muette. - Thérèse ! Thérèse ! Appela de nouveau le malheureux qui râlait. A ce dernier appel, Thérèse éclata en sanglots. Ses nerfs se détendaient. La crise qu'elle redoutait la jeta toute frémissante au fond de la barque. Elle y resta pliée, pâmée, morte. Laurent secouait toujours Camille, en le serrant d'une main à la gorge. Il finit par l'arracher de la barque à l'aide de son autre main. Il le tenait en l'air, ainsi qu'un enfant, au bout de ses bras vigoureux. Comme il penchait la tête, découvrant le cou, sa victime, folle de rage et d'épouvante, se tordit, avança les dents et les enfonça dans ce cou. Et lorsque le meurtrier, retenant un cri de souffrance, lança brusquement le commis à la rivière, les dents de celui-ci lui emportèrent un morceau de chair. Camille tomba en poussant un hurlement. Il revint deux ou trois fois sur l'eau, jetant des cris de plus en plus sourds. Laurent ne perdit pas une seconde. Il releva le collet de son paletot pour cacher sa blessure. Puis, il saisit entre ses bras Thérèse évanouie, fit chavirer le canot d’un coup de pied, et se laissa tomber dans la Seine en tenant sa maîtresse. Il la soutint sur l’eau, appelant au secours d’une voix lamentable. Les canotiers, dont il avait entendu les chants derrière la pointe de l’île, arrivaient à grands coups de rames. Ils comprirent qu’un malheur venait d’avoir lieu : ils opérèrent le sauvetage de Thérèse qu’ils couchèrent sur un banc, et de Laurent qui se mit à se désespérer de la mort de son ami. Il se jeta à l’eau, il chercha Camille dans les endroits où il ne pouvait être, il revint en pleurant, en se tordant les bras, en s’arrachant les cheveux. Les canotiers tentaient de le calmer, de le consoler. - C’est ma faute, criait-il, je n’aurais pas dû laisser ce pauvre garçon danser et remuer comme il le faisait... À un moment, nous nous sommes trouvés tous les trois du même côté de la barque et nous avons chaviré... En tombant, il m’a crié de sauver sa femme...

 

 

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Publié en 1867, Thérèse Raquin est le premier grand roman naturaliste d'Émile Zola. L'écrivain entend appliquer au roman une méthode quasi scientifique : les personnages sont soumis à leurs tempéraments et aux influences du milieu. Laurent et Thérèse, amants passionnés, décident d'assassiner Camille, le mari de Thérèse, afin de vivre librement leur relation. Le meurtre est soigneusement préparé et doit avoir lieu lors d'une promenade en barque sur la Seine.

Cet extrait raconte le passage décisif du roman : l'assassinat de Camille. Cependant, loin d'être un crime parfaitement maîtrisé, la scène révèle déjà la violence des instincts, la souffrance des personnages et les premières marques d'une culpabilité qui les poursuivra.

Problématique :

Comment Zola transforme-t-il le meurtre de Camille en une scène à la fois réaliste, dramatique et annonciatrice du châtiment des meurtriers ?

Mouvement 1

Une nature propice au crime puis l'attaque brutale de Laurent

(de « La barque allait s'engager... » à « ...une main rude qui le serrait à la gorge. »)

Dès la première phrase, le décor prépare discrètement le meurtre.

« La barque allait s'engager dans un petit bras, sombre et étroit »

L'imparfait installe un mouvement lent et inéluctable. Les adjectifs « sombre » et « étroit » donnent au paysage une valeur symbolique : la barque entre dans un véritable piège dont personne ne peut s'échapper.

Le décor devient presque complice du crime.

La phrase suivante souligne l'isolement :

« derrière l'une des îles »

Les îles forment un écran naturel qui cache les personnages. Les canotiers sont proches mais invisibles : le secours existe, mais il demeure inaccessible.

Le contraste est renforcé par :

« Au loin... la rivière était libre. »

L'adverbe « loin » souligne la distance entre la liberté et les personnages désormais enfermés dans cet espace clos.

Puis survient la rupture.

« Alors Laurent se leva »

L'adverbe « alors » marque le passage brutal de l'attente à l'action.

Le passé simple accélère soudain le rythme.

La violence éclate immédiatement :

« prit Camille à bras-le-corps »

L'expression montre une attaque physique directe.

Laurent n'hésite plus.

Le contraste est saisissant avec la réaction de Camille :

« Ah ! Non, tu me chatouilles »

Le discours direct crée une ironie tragique.

Le lecteur connaît les intentions de Laurent tandis que Camille croit encore à un simple jeu.

Le registre tragique naît précisément de cette ignorance.

La progression est extrêmement rapide :

« Laurent serra plus fort, donna une secousse. »

Les verbes d'action au passé simple se succèdent sans liaison.

Cette accumulation mime la brutalité du meurtre.

Puis survient la révélation.

« Il vit la figure effrayante de son ami »

L'adjectif « effrayante » révèle la véritable nature de Laurent.

Son visage traduit la violence intérieure qui l'habite.

L'homme laisse apparaître l'animal.

L'expression

« toute convulsionnée »

évoque une perte totale de maîtrise.

Laurent est dominé par ses instincts.

Enfin,

« une main rude qui le serrait à la gorge »

désigne l'instrument du meurtre.

La gorge représente le souffle, la parole, la vie.

En cherchant à l'étrangler, Laurent supprime toute possibilité de défense.

Ainsi, dès le début de la scène, Zola montre un crime brutal qui semble relever davantage de l'instinct que d'un plan parfaitement exécuté.

Mouvement 2

Une lutte animale observée par une Thérèse paralysée

(de « Avec l'instinct d'une bête » à « ...elle y resta pliée, pâmée, morte. »)

La comparaison

« Avec l'instinct d'une bête »

est essentielle.

Le naturalisme réduit ici l'homme à son instinct de survie.

Camille ne réfléchit plus.

Il agit comme un animal menacé.

Le champ lexical de la lutte envahit alors le texte :

  • « se dressa »
  • « se cramponnant »
  • « lutta »

Les verbes traduisent une résistance désespérée.

Les gestes deviennent mécaniques.

Le temps semble ralentir :

« pendant quelques secondes »

Ces quelques instants sont développés avec précision afin d'intensifier le suspense.

Le discours direct revient :

« Thérèse ! Thérèse ! »

Cette répétition constitue un appel désespéré.

Camille ne demande pas grâce à Laurent.

Il implore celle qu'il aime encore.

Le lecteur perçoit alors toute la cruauté de Thérèse.

Pourtant, celle-ci ne participe pas au meurtre.

Elle demeure immobile.

« regardait »

Le verbe est isolé.

Elle devient simple spectatrice.

La description insiste ensuite sur son incapacité à agir :

« Elle ne pouvait fermer les yeux »

La négation montre que son corps lui échappe.

Ses réactions sont involontaires.

L'expression

« une effrayante contraction »

renvoie au vocabulaire médical.

Le naturalisme explique les comportements par les réactions nerveuses du corps.

Le portrait se poursuit par une accumulation :

« rigide, muette »

Les adjectifs traduisent une véritable paralysie.

Elle est incapable de choisir ou d'intervenir.

Le dernier appel de Camille provoque enfin une rupture :

« Thérèse éclata en sanglots. »

Le verbe « éclata » montre une libération soudaine des émotions.

La tension nerveuse se relâche.

« Ses nerfs se détendaient. »

Le vocabulaire scientifique rappelle constamment les théories naturalistes.

Les émotions deviennent des phénomènes physiologiques.

Enfin,

« pliée, pâmée, morte »

forme une gradation.

Les participes passés donnent l'impression d'une disparition progressive.

La comparaison implicite avec un cadavre annonce symboliquement la mort morale de Thérèse.

Mouvement 3

Un meurtre accompli mais déjà marqué par la culpabilité

(de « Laurent secouait toujours Camille » à la fin)

Le récit reprend un rythme extrêmement rapide.

Les verbes d'action se multiplient :

« secouait »

« arracha »

« tenait »

La supériorité physique de Laurent apparaît pleinement.

La comparaison

« ainsi qu'un enfant »

insiste sur la faiblesse de Camille.

Mais la victime se révolte une dernière fois.

« avança les dents »

Cette image animale répond directement à la comparaison précédente.

Les deux hommes sont désormais réduits à leurs instincts.

Le geste devient décisif.

« les enfonça dans ce cou »

Le réalisme de Zola atteint ici une grande violence.

La morsure constitue surtout une marque symbolique.

Le morceau de chair arraché deviendra la cicatrice qui rappellera sans cesse le crime à Laurent.

Cette blessure annonce déjà le remords.

Après la chute de Camille,

« Laurent ne perdit pas une seconde. »

Cette phrase montre le retour du calcul.

Le meurtrier retrouve immédiatement son sang-froid.

Le champ lexical de la dissimulation apparaît :

  • « cacher sa blessure »
  • « fit chavirer »
  • « appelant au secours »

Tout est organisé afin de faire croire à un accident.

La dernière partie repose sur le théâtre de Laurent.

L'accumulation des verbes

  • « pleurant »
  • « se tordant les bras »
  • « s'arrachant les cheveux »

évoque les lamentations des tragédies antiques.

Mais cette douleur est entièrement jouée.

Le discours direct achève la mise en scène :

« C'est ma faute... »

Laurent construit méthodiquement un faux récit.

Les nombreuses précisions rendent son mensonge crédible.

Le lecteur assiste ainsi à une véritable représentation destinée à tromper les témoins.

Pourtant, malgré cette réussite apparente, la morsure de Camille demeure.

Cette trace physique annonce que le crime ne pourra jamais être totalement effacé.

Dans cette scène centrale du roman, Zola construit un meurtre d'une intensité exceptionnelle. Le décor annonce le drame, la lutte est présentée avec un réalisme presque scientifique, tandis que les personnages apparaissent dominés par leurs instincts plutôt que par leur raison. Enfin, si Laurent parvient à faire croire à un accident, la morsure laissée par Camille symbolise déjà la culpabilité qui hantera les deux amants jusqu'à leur destruction.

Cette scène illustre parfaitement le projet naturaliste de Zola : montrer que les hommes, soumis à leurs passions et à leur tempérament, ne maîtrisent jamais totalement leurs actes et restent prisonniers des conséquences de leurs instincts.

Cette scène de meurtre peut être rapprochée de celle de l'assassinat dans L'Étranger d'Albert Camus. Dans les deux romans, un meurtre constitue un moment décisif, mais alors que Zola explique le crime par les déterminismes du tempérament et du milieu, Camus met en scène l'absurdité de la condition humaine et le détachement de son personnage.

 

 

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Questions de grammaire

Question 1 : Quelle est la valeur de l'imparfait dans la phrase ?

  • « On entendait [...] les chants adoucis [...] la rivière était libre. »
  • Réponse : Il s'agit d'un imparfait de description (ou d'arrière-plan).
  • Explication : L'imparfait sert ici à poser le décor et à décrire l'atmosphère sonore et visuelle de la scène. C'est une action qui dure et qui sert de toile de fond avant que l'action principale ne se déclenche.

Question 2 : Quelle est la valeur du passé simple dans la phrase ?

  • « Alors Laurent se leva et prit Camille à bras-le-corps. »
  • Réponse : Il s'agit d'un passé simple d'action ponctuelle et successive (ou de premier plan).
  • Explication : Le passé simple fait progresser le récit. Il exprime des actions soudaines, bien délimitées dans le temps, qui se succèdent rapidement (d'abord il se lève, ensuite il prend Camille). L'adverbe « Alors » marque d'ailleurs cette rupture avec l'arrière-plan à l'imparfait.

Question 3 : Quelle est la nature et la fonction de la proposition « qui devaient remonter la Seine » ?

  • Nature : C'est une proposition subordonnée relative.
  • Pourquoi ? Elle est introduite par le pronom relatif « qui » et contient un verbe conjugué (devaient).
  • Fonction : Elle est complément de l'antécédent « équipe » (ou « équipe de canotiers »).
  • Pourquoi ? La proposition vient apporter une précision directement sur le nom qui est placé juste avant elle (l'antécédent).

Pour aller un peu plus loin sur la structure de cette phrase :

  • La  phrase du texte est une phrase complexe qui s'organise ainsi :
  • Proposition principale : « On entendait, derrière l'une des îles, les chants adoucis d'une équipe de canotiers »
  • Proposition subordonnée relative : « qui devaient remonter la Seine. »
  • Le pronom relatif « qui » occupe la fonction de sujet du verbe devaient.

 

 

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter : 

Bac général 2027

Le parcours " Dévoiler les rouages de la société " 

Etudes linéaires et questions de grammaire 

 

Bacs général et technologique

L'Assommoir

Thérèse Raquin

Trois analyses littéraires et questionnaires, Chapitres 2, 11 et l'explicit

Germinal 

La Fortune des Rougon

 

Le Père Goriot de Balzac 

 Eugène de Rastignac, héros du roman est venu de sa province à Paris dans l’espoir de conquérir la fortune. 

 Le culte de l'argent et de l'immoralité 

 

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